Sous les spotlights
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Les femmes du vin au fil de l’élevage

Pour ce troisième interview de la série « Les femmes du vin au fil du raisin », je suis enchantée de vous présenter Karine Vallon-Pin, Responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois.

Le fil des saisons suit son cours. Après le stress des vendanges et de la vinification, les raisins, devenus des vins, prennent le temps de s’élever tranquillement afin de jouir de l’apanage du temps. Cette période un brin mystérieuse peut durer de quelques mois à quelques années. Que ce soit en cuve ou en fût de chêne pour les vins de garde, l’élevage va peaufiner les jus avant leur mise en bouteille.

C’est dans l’atmosphère intimiste du chai à barriques du Château de Landiras, au cœur du vignoble des Graves, que j’ai eu la chance de partager ce moment privilégié avec Karine Vallon-Pin. Une femme du vin qui les façonne avec soin.

Karine a grandi au pays du Cognac. C’est à Mérignac, sur l’appellation Fins Bois, que cette petite-fille de vigneron a su qu’elle ne pourrait jamais s’éloigner des fruits de la vigne et de leurs expressions. Après des études de commerce, elle a tout naturellement travaillé pour un négociant de Cognac, avant de rencontrer un tonnelier et de commencer à faire ses armes dans l’art de l’élevage des vins.

Depuis maintenant 4 ans, elle a intégré le groupe Charlois en tant que Responsable chêne pour l’œnologie. Une société familiale, dont le métier d’origine est la merranderie, qui s’est diversifiée au fil des années en acquérant plusieurs tonnelleries (Berthomieu, Ermitage, Saury, Leroi, Bernard, Charlois Cooperage en Californie et Magrenan en Espagne) afin d’intégrer l’ensemble de la filière chêne français (du sciage du bois à la construction des fûts de chêne).

Karine, féminine et bien lookée, est au premier abord tout en discrétion. C’est à l’évocation de son métier, bercée par les effluves du bois, que ses grands yeux bleus pétillent pour nous transmettre toute sa passion.

La WINEista. Avez-vous toujours su que la filière vin était faite pour vous ?
Karine Vallon-Pin. Oui c’était pour moi une évidence ! Sinon j’aurais travaillé dans la mode (rire) !

La WINEista. Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?
K.V-P. C’est de pouvoir apporter un conseil précis aux vigneronnes et vignerons concernant l’élevage de leurs vins.

La WINEista. Pourquoi décide-t-on d’utiliser le chêne pour élever un vin ?
K.V-P. Pour bonifier le vin et lui donner la possibilité de mieux vieillir dans le temps.

La WINEista. Quelles sont les missions d’une Responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois ?
K.V-P. Mes missions sont de créer et de développer les produits alternatifs aux barriques qui sont destinés à des vins du monde entier.

La WINEista. Pourquoi utiliser des produits alternatifs aux barriques ?
K.V-P. Les produits alternatifs s’adressent à des vins qui n’ont pas la structure nécessaire pour être élevés en barriques. Ce sont des vins à consommation plus rapide. Ces produits leur apportent des arômes, du gras, de la structure tannique, de la sucrosité.

La WINEista. D’où proviennent les produits alternatifs ?
K.V-P. Ce sont des produits qui sont faits, dans le groupe Charlois, avec la même matière première que les merrains utilisés pour la fabrication des barriques. Mais qui n’ont pas les qualités mécaniques requises pour fabriquer des fûts de chêne.

La WINEista. Quels sont les produits alternatifs aux barriques ?
K.V-P. Ils peuvent avoir différentes tailles, copeaux, Blocks, Staves, qui correspondent à des temps d’élevage et à des qualités organoleptiques particulières. Plus leur taille est grande, plus on se rapproche de la forme d’une douelle de barrique. Les échanges entre le bois et le vin seront alors plus lents.

La WINEista. Pensez-vous que l’utilisation des alternatifs au bois gomme l’effet terroir ?
K.V-P. Pas forcément ! Notre philosophie est de travailler au plus proche d’un élevage barrique en respectant le fruit et les qualités du vin. Pour certains marchés à l’export, on doit évidemment s’adapter aux goûts des consommateurs en aromatisant un peu plus. Mais on essaie de préserver l’équilibre des vins.

La WINEista. Les châteaux bordelais emploient-ils ces produits ?
K.V-P. Oui. Les alternatifs sont utilisés dans toutes les appellations. Souvent sur des seconds, troisièmes vins ou des vins de presse.

La WINEista. Pourtant, cette pratique est rarement inscrite sur les contre-étiquettes des bouteilles, pourquoi les vigneronnes et vignerons français n’osent-ils pas en parler ?
K.V-P. Parce que pour l’instant ces produits sont considérés comme un outil œnologique. L’élevage barrique fait rêver les consommateurs !

La WINEista. Les consommateurs français ont-ils une vision trop traditionnelle du vin ?
K.V-P. Le consommateur français serait prêt à entendre cette pratique si on la lui expliquait. Il ne connaît pas tout le travail que font les vigneronnes et vignerons du pied de vigne à la mise en bouteille. L’acceptation des produits alternatifs demandera de la pédagogie. Pour l’instant on n’y est pas encore ! Peut-être parce qu’ils ne sont autorisés que depuis une dizaine d’années en France. Alors qu’en Australie ou en Californie, où ces produits sont largement plus utilisés, et ce depuis 20 à 25 ans, les consommateurs les acceptent très bien car ils les connaissent.

La WINEista. Pensez-vous que le monde du vin soit macho ?
K.V-P. Euh… Non. Une femme doit réussir à s’imposer. Elle est respectée, gagne en crédibilité quand elle apporte des compétences techniques.

La WINEista. Vous voyagez dans les vignobles du monde, la place des femmes dans la filière vin est-elle différente selon les pays ?
K.V-P. J’ai l’impression que par exemple en Californie il y a plus de femmes dans le vin que chez nous en France. Rien que dans notre équipe commerciale sur place, elle est beaucoup plus féminisée.

La WINEista. Quelle est la femme du vin que vous admirez le plus ?
K.V-P. Je ne me suis jamais posé cette question ! Oui, je sais ! Anne Le Naour, Directrice technique de Crédit Agricole Grands Crus (ndlr : propriétaire de 6 domaines prestigieux en France). J’ai travaillé avec elle dans le passé et nous nous sommes toujours très bien entendues. Elle est super ! J’aime sa façon de travailler.

La WINEista. Si vous étiez un vin, vous seriez lequel ?
K.V-P. Ah ! Je serais une Syrah des Terrasses du Larzac en Languedoc ou un Cabernet Franc de Saint-Emilion. Parce que j’aime les vins riches, complexes, épicés.

La WINEista. Et on vous dégusterait avec quel plat ?
K.V-P. Sans plat !

La WINEista. Si je vous dis, « être à son apogée », cela vous évoque quoi ?
K.V-P. La maturité d’un vin. Quand il est au top pour être consommé.

La WINEista. Pensez-vous que vous êtes à votre apogée ?
K.V-P. Euh… Non, j’ai encore du travail. Je suis perfectionniste.

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait rêver ?
K.V-P. J’aime bien la ville en général mais j’ai un gros coup de cœur pour la place des Chartrons. Je suis toujours fourrée là-bas ! C’est familial, tranquille, il y a toujours de l’ambiance. C’est un village dans la ville.

La WINEista. A Bordeaux, où allez-vous dîner après une journée shopping ?
K.V-P. J’aime bien le Carré et sa superbe terrasse sur la place des Chartrons.

Merci Karine de nous avoir éclairés sur votre métier avec tact et sincérité. Il y a un peu de votre pâte experte dans les vins qui nous régalent !

Dans le prochain épisode, on plongera dans l’univers de la sommellerie avec une femme du vin, au fil de l’assiette…

Retrouvez les autres interviews de la série « Les femmes du vin au fil du raisin » :
* Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de la cité.
* Coralie de Boüard de Laforest, gérante du Château La Fleur de Boüard et vigneronne du Château Clos de Boüard : Les femmes du vin au fil des cuves.

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

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