Sous les spotlights
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Les femmes du vin au fil de la cité

J’ai l’immense joie de commencer ma série d’interviews intitulée « Les femmes du vin au fil du raisin » par Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux.

La Cité du Vin a fêté son premier anniversaire en juin dernier. Ce lieu unique, dédié aux vignobles du monde entier, est l’antidote idéal pour éviter le blues de la rentrée. Vous y découvrirez le premier pays invité, la Géorgie, pour une immersion dans le berceau de la viticulture.

A la tête de la programmation des multiples rendez-vous culturels qui font vivre la cité, il y a Laurence Chesneau-Dupin, une femme de culture.

Laurence a fait ses études d’histoire de l’art à Bordeaux. Quelques années après, elle retrouve une ville qu’elle adore pour participer à la construction de ce projet d’envergure.
Le monde des musées, elle l’a choisi afin de faire découvrir le patrimoine au public, de le rendre accessible à tous. Au fil de son parcours, elle s’est intéressée aux dimensions économiques et industrielles du patrimoine, qui l’ont amenée à imaginer et diriger le Musée des arts du cognac (MACO) qui a ouvert en 2004.
Cette expérience, dans un secteur d’excellence et de passion, a attisé sa curiosité pour le vin. Un milieu dont elle n’est pas issue, avec lequel elle s’est familiarisée par amour, lors de sa rencontre avec son mari épicurien…

Confortablement installés dans les canapés design du joli salon de réception, Laurence Chesneau-Dupin, souriante et élégante, répond à mes questions de sa douce voix au timbre posé.

La WINEista. Quel est le lien entre le monde du vin et celui du patrimoine ?
Laurence Chesneau-Dupin. Ces deux univers se recoupent, le vin est un patrimoine universel, on doit éveiller la curiosité afin de le rendre accessible à tous.

La WINEista. Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans l’aventure de la Cité du Vin ?
L.C-D. La création d’un nouveau lieu est une aventure unique, très excitante. Elle est le reflet de notre personnalité, on y met beaucoup de soi-même. Ce projet était très alléchant car il y avait une grande liberté en terme de créativité. La commande était assez ouverte, il s’agissait d’imaginer un grand équipement culturel autour du vin.
C’est un travail collectif, qui permet de confronter les points de vue pour arriver de quelque chose purement virtuel à un lieu physique. Une concrétisation extrêmement émouvante.

La WINEista. Quel est le rendez-vous culturel dont vous êtes la plus fière ?
L.C-D. Ce qui me rend vraiment fière c’est la diversité des rendez-vous culturels que l’on propose. Il me tient à cœur de proposer de multiples approches pour parler au plus grand nombre de personnes.
Chacun selon les moments n’a pas envie des mêmes choses. Il est primordial d’avoir une offre diverse, de pouvoir proposer des moments d’érudition comme nos rendez-vous universitaires « les vendanges du savoir » ou des moments plus ludiques comme « les cinés gourmands », ou le théâtre d’improvisation que nous programmons de temps en temps.

La WINEista. Quelle bouteille avez-vous ouvert après l’ouverture de l’exposition Géorgie ?
L.C-D. La Géorgie est un pays tellement mystérieux, fascinant, avec des vins que l’on n’a pas l’habitude de boire ici et qui méritent d’être découverts.
Je suis restée dans le ton avec un vin Géorgien. Pas un vin orange, vinifié dans les amphores traditionnelles, les qvevri, car je n’apprécie pas beaucoup les vins oxydatifs, bien qu’ils ravissent les connaisseurs. J’ai opté pour un vin rouge fabuleux, issu de cépages autochtones, que j’ai fait partager autour de moi.

La WINEista. Et avec quel plat ?
L.C-D. Un plat sucré salé, un tajine d’agneau.

La WINEista. Que diriez-vous aux personnes qui ne souhaitent pas visiter la Cité du Vin ?
L.C-D. Venez pour voir, soyez curieux ! Participez dans un premier temps aux évènements culturels gratuits, installez-vous dans le salon de lecture, et cela vous donnera peut-être envie de découvrir le parcours permanent ou d’assister à un atelier.
Vous vous rendrez compte qu’à la Cité du Vin on partage des moments conviviaux et surtout pas intimidants.

La WINEista. Après la Géorgie, quel sera le prochain vignoble invité de la Cité du Vin ?
L.C-D. C’est un scoop ! Porto et le magnifique vignoble du Douro. Une région viticole qui a une dimension patrimoniale très forte à différents niveaux. D’abord, des paysages remarquables, qui sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais aussi l’élaboration du Porto, qui est tout à fait spécifique et relève d’un véritable héritage culturel, ou encore, au niveau des arts visuels, avec une production d’affiches publicitaires particulièrement créative.

La WINEista. Quel est le plus beau compliment qu’Alain Juppé pourrait vous faire ?
L.C-D. Aïe ! Aïe ! Aïe ! Que l’on a réalisé l’équipement dont il rêvait ! Mais il ne me l’a pas encore dit…

La WINEista. Quel est votre Château chouchou du bordelais ?
L.C-D. Ah ! Cela va faire un peu snob…, le Château Haut-Brion.
J’ai eu la chance de pouvoir accéder à ce château mythique car son propriétaire, le prince Robert de Luxembourg, est un mécène très investi. Il est président de notre comité d’orientation culturelle. J’ai pu apprécier ce lieu qui a une histoire extraordinaire, très ancienne, fondatrice dans l’histoire du commerce du vin. C’est un endroit hors du commun, qui est à la fois très fort symboliquement mais aussi très actif, ancré dans la ville.
Quand je déguste un vin, je ne me focalise pas uniquement sur le goût, j’y associe la rencontre avec les Hommes qui l’ont fait, l’histoire et la géographie du vignoble. Cela compte beaucoup dans la perception qu’on peut en avoir.

La WINEista. Avec du fromage, êtes-vous plutôt vin blanc ou vin rouge ?
L.C-D. J’étais très vin rouge mais je suis devenue très vin blanc depuis 5 ou 6 ans, depuis que j’ai appris à apprécier le Bourgogne.

La WINEista. Trouvez-vous que le monde du vin est macho ?
L.C-D. Alors… Pas plus que certains autres univers, comme le bâtiment par exemple, d’après l’expérience que j’en ai eu avec le chantier de la Cité du Vin ! Non, je trouve que les femmes y ont leur place. Elles n’y sont pas trop mal accueillies et plutôt reconnues.

La WINEista. Quelle est la femme du vin que vous admirez le plus ?
L.C-D. J’ai beaucoup d’admiration pour Sylvie Cazes, notre présidente (ndlr : Présidente de la Cité du Vin), dont j’ai pu découvrir l’énergie incroyable et la ténacité. Elle nous a tiré en avant pour que ce projet se fasse tout en continuant à avoir ses activités professionnelles. Elle va toujours de l’avant et je trouve cela assez remarquable.

La WINEista. Quelle est la femme que vous admirez le plus ?
L.C-D. Il y a beaucoup de femmes que j’admire. Je suis sensible aux femmes qui vont au bout de leurs passions. Je suis très impressionnée par le parcours de Claudie Haigneré, tour à tour médecin, chercheur, spationaute, femme politique, Présidente d’Universcience, un des plus prestigieux équipements culturels de France. Elle met son intelligence et son énergie au service de la société, en restant toujours féminine. Plusieurs vies en une ! Cela fait rêver !

La WINEista. Si vous étiez un tableau, vous seriez lequel ?
L.C-D. Hum ! Si j’étais une œuvre d’art, je ne serai pas un tableau mais … un mobile de Calder. Une œuvre aérienne, joyeuse, à la recherche de l’équilibre et qui ne se prend pas trop au sérieux.

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait rêver ?
L.C-D. Les quais rive droite me portent à la rêverie. C’est un endroit très végétal, qui ouvre des fenêtres sur les merveilleuses façades de l’autre rive. On s’y sent à la campagne alors qu’on est en pleine ville.

La WINEista. A Bordeaux, où allez-vous dîner après une journée shopping ?
L.C-D. Au Café du Port, pour profiter de la vue, manger de bons produits de la mer, dans une ambiance décontractée.

Merci Laurence pour cet échange spontané, qui a ouvert des passerelles entre le monde du vin et de la culture.
Ce premier interview m’a d’autant plus donné envie de me lancer dans cette nouvelle aventure !

On se retrouve le mois prochain pour découvrir une autre femme du vin…

 

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

2 Commentaires

  1. Merci à Vous des plus profonds pour ce très bel échange.

    L’accord mets-vins de cet article fait saliver et donne l’envie de l’approfondir. Il m’a fait penser aux vins du Chili, également.

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