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Wine Explorers, Le 1er tour du monde du vin par Jean-Baptiste Ancelot

Si Bacchus et Jules Vernes avaient eu un enfant, il s’appellerait Jean-Baptiste Ancelot.
Ce jeune baroudeur, passionné « de l’extrême » des vignobles, a réussi le pari fou de faire le premier tour du monde du vin ! Voici un livre qui va faire fantasmer plus d’un winelover…

Vous pensez bien que je suivais assidûment ses pérégrinations viticoles sur les réseaux sociaux. J’enviais parfois ce gars au sourire fort sympathique qui avait la chance de rencontrer des vigneronnes et vignerons du bout du monde, dans des coins insolites où je ne pensais parfois pas qu’il y poussait de la vigne.

A la sortie de son livre en septembre, l’excitation était à son comble quand j’ai découvert ce petit joyau. Je me suis dit alors que mon ressenti n’était pas tout à fait juste. 
Cet ouvrage n’a rien à voir avec la chance, il résulte d’un énorme travail de plus de onze ans, d’une passion sans faille, d’un esprit aventurier hors du commun, d’une capacité d’analyse et d’écoute à la fois professionnelle et humaniste.

Après quatre ans de recherches, deux ans de préparation et de levées de fonds, quatre ans de voyages dans 88 pays, un an d’actualisation et de rédaction, Jean-Baptiste Ancelot (alias Wine Explorers) a immortalisé « Le 1er tour du monde du vin ». 

Un ouvrage de 333 pages, illustré par de superbes photos de vignobles, d’hommes et de femmes qui font du vin, à la fois carnet de voyage et recueil unique de données présentant la filière vin de tous les pays producteurs.

A suivre, l’interview de Jean-Baptiste et mes passages coups de cœur…

Mes accords mets et vins de septembre

Ravie de vous retrouver pour une rentrée gourmande ! J’ai décidé de lancer une nouvelle série d’articles consacrés aux accords mets et vins. Tous les mois, je vous proposerai des mariages épanouis entre des cuvées qui m’ont fait craquer et de bons petits plats de saison.
Pour ce mois de septembre, voici ma sélection de 3 vins du Languedoc accompagnés des spécialités culinaires qui vont bien…

Pour se retrouver au bord de l’eau.

Entre l’étang de Thau et la mer Méditerranée, la plus grande appellation en blanc du Languedoc, dédiée uniquement à cette couleur et à un cépage unique le Piquepoul Blanc, vous évoquera les belles soirées estivales du bord de l’eau.

A La Croix Gratiot, Anaïs Ricôme (pour mieux la connaître, voir son portrait) est une fervente défenseuse de ce cépage endémique dont l’énorme potentiel qualitatif mérite encore d’être reconnu.
Dans sa cuvée Bréchallune, elle a poussé le Piquepoul Blanc dans ses retranchements (sélections parcellaires, plus de maturité, élevage sur lies) pour lui faire toucher du doigt l’excellence…

Un nez gai comme un pinson, à la mélodie subtile sur des notes de fleurs blanches, fruits exotiques, agrumes, pêches de vigne. Une bouche bien enveloppée, ficelée par une belle fraîcheur, à la finale longue de bonheur…

Un accord local avec une seiche à la plancha, pour un mariage tout en onctuosité mais non pas routinier, grâce à la jolie vivacité de ce Bréchallune.

Pour rester fidèle au rosé.

Il a enchanté votre été, il ne serait vraiment pas gentil de le laisser tomber à la rentrée ! Le rosé s’invite à votre table avec la cuvée Oros du Château Capitoul.

Un assemblage de Grenache Noir et Syrah qui ont grandi sur un des plus beaux terroirs du Languedoc. Une presqu’île avec vue sur la grande bleue dont le nom signifie « tas de cailloux » en occitan. L’AOP La Clape est un joyau, précieux de ses terroirs arides entourés de pinèdes, rafraîchis par l’air marin.

Un vin vinifié à la bourguignonne (élevage sur lies) qui fera taire les vilains détracteurs du rosé. Un nez merveilleux de fruits rouges, eau de rose, fleurs jaunes, gingembre. Une bouche charnue, complexe, qui s’éternise avec tact…

Un accord coloré avec des petits farcis encore de saison (tomates, aubergines, courgettes), pour un festival de saveurs !

Pour un brin d’humanité.

Il y a des comportements, des styles, qui suscitent parfois des préjugés. Et si on faisait preuve d’un peu plus d’humanité en laissant à chacun la chance de s’exprimer ? 

Avec sa cuvée Les Mal Aimés, Pierre Cros, le Paysan libre du Minervois, a souhaité réhabiliter des cépages anciens démodés. Et quel beau retour en grâce !
Rivairenc, Alicante Bouschet, Aramon, Piquepoul Noir, Morrastel, Carignan Noir, les trop longtemps oubliés du Languedoc, domptés par « ce Terroir de feu » et vinifiés par une main de maître se révèlent ici avec brio.

Un nez enchanteur de cassis, groseille, cerise, tabac blond, baies roses. Une bouche juteuse, qui donne l’impression de croquer des raisins, à la finale de petits fruits rouges acidulés et de réglisse.

Un accord sucré avec une tarte aux figues juste cueillies, pour finir le repas le sourire aux lèvres !

Bonne rentrée 2019 winelovers de mon cœur !

L’Art en Cave à Saint-Chinian, édition 2019

Inauguration de l’Art en Cave 2019 à la Cave de Saint-Chinian. De gauche à droite, Laura Chaplin (artiste), Norbert Gaiola (directeur), Eric Fleury (artiste) et Yves Borel (président).
Crédit photo : karactere.fr®

La Cave des Vignerons de Saint-Chinian vient d’inaugurer ses nouvelles fresques et de lancer les 2 cuvées associées ! Retour sur l’édition 2019 de L’Art en Cave…

Je vous avais déjà parlé de L’Art en Cave à Saint-Chinian lors de ma première visite enthousiaste il y a maintenant 2 ans.
Une initiative unique, étonnante et branchée, lancée en 2013 par la Cave de Saint-Chinian et l’Agence de communication Karactère.

Laura Chaplin en train de réaliser sa fresque à la Cave de Saint-Chinian.
Crédit photo :  karactere.fr®

Des artistes sont sélectionnés afin de réaliser « en live » une fresque d’envergure sur la façade des cuves béton qui sont utilisées pour la vinification. Une reproduction de leurs œuvres se retrouve ensuite sur l’étiquette d’une collection de vins de garde en série limitée.

Il ne s’agit pas juste d’une idée marketing pour « faire le buzz » ! L’art est réellement au centre de cet exercice. Les artistes envoient, au préalable, un dessin de leur projet dont les caractéristiques influencent l’élaboration du vin correspondant.

La cuvée en série limitée de Laura Chaplin.

L’édition 2019 met à l’honneur Laura Chaplin (petite fille de Charlie Chaplin), artiste aux mille facettes, et Eric Fleury, peintre doté d’un art très singulier. 
Benoît Macia, maître de chai à la Cave de Saint-Chinian, s’est inspiré de leurs « ébauches » afin que l’art de faire du vin donne la main à l’art contemporain :

« L’œuvre de Laura Chaplin est gaie, colorée, presque enfantine. Le vin, à dominante de Grenache Noir, est fruité, avec des tanins bien enrobés, beaucoup d’élégance.
Le monsieur moustachu et costaud d’Eric Fleury impose une cuvée de caractère, plus structurée, épicée, à base de Syrah ».

Un millésime qui a encore une fois réussi à stimuler la création dans une belle mixité de savoir-faire !

Visites pendant les horaires d’ouverture du caveau de la Cave de Saint-Chinian et sur rendez-vous pour les groupes.

Pourquoi faut-il recracher lors d’une dégustation de vin ?

Vin & Société, au nom des 500 000 acteurs de la vigne et du vin, a lancé une campagne d’information inédite signée « Tous ceux qui recrachent mon vin l’adorent ». Pourquoi faut-il recracher lors d’une dégustation de vin ? Comment s’y prendre ?

Les consommateurs s’intéressent au vin, à ses origines, ses terroirs, ses cépages, son élaboration… Vous vous doutez bien que je m’en réjouis allègrement. C’était même ma motivation première quand je me suis lancée dans la création du blog en 2014 (déjà !).

Face à cet engouement, la dégustation de vin s’est démocratisée. Que ce soit entre amis à la maison, chez un caviste, dans un domaine, lors d’un salon, pendant un stage de découverte, les occasions se multiplient et pourtant…

Selon une enquête conduite par Vin & Société, une minorité de dégustateurs recrachent le vin alors que 60% d’entre eux se disent intéressés par une information ou formation sur le geste de recracher. Essayons d’y voir un peu plus clair sur le sujet…

Il faut recracher pour apprécier le vin.

Cette même étude relate que 50 % des personnes interrogées pensent que ne pas avaler serait synonyme de perte d’arôme et donnerait une impression d’inachevé. Que nenni ! L’action de recracher n’enlève rien au plaisir. Au contraire, elle permet d’apprécier pleinement le vin en ressentant toutes ses subtilités et ses saveurs.

La dégustation est un exercice passionnant qui stimule nos sens (voir billet Et si on dégustait ?), à condition de les ménager. Après 3 ou 4 vins dégustés et avalés, souvent à jeun, les effets de l’alcool se font ressentir et nous privent de toute objectivité sensorielle.

Pour honorer le travail des vigneronnes et vignerons.

Certains pensent que les vigneronnes et vignerons risquent de se vexer si on n’engloutit pas avec frénésie le fruit de leur travail passionné. Je peux vous assurer que ce n’est vraiment pas le cas !

Le fait de recracher un vin n’est pas du tout considéré comme un non-respect ou un gaspillage. C’est un geste louable parce qu’il est essentiel afin d’apprécier tout le potentiel de leurs cuvées, du début jusqu’à la fin de la dégustation.

Parce que c’est tout un art.

Recracher un vin n’est ni inélégant, ni peu hygiénique. Il suffit juste d’avoir un crachoir et une petite serviette pour rattraper « la dernière goutte ».

N’ayez crainte, ce n’est pas l’apanage des experts. En seulement quelques étapes (voir photo ci-dessous), vous réussirez cet exercice comme un chef !

Lors d’une dégustation, si on aime le vin, on le recrache !

Women do Wine, les femmes changent-elles le monde du vin ?#2

Maintenant que les clichés sont tombés et que nous partons sur des bases saines dénuées de sexisme (voir billet Women do Wine, les femmes changent-elles le monde du vin ?#1), retour sur la deuxième partie de la table ronde que j’ai eu le plaisir d’animer pendant la première rencontre Women do Wine…

Les femmes ont toujours été présentes dans la filière vin, mais certainement pas aux mêmes fonctions. Elles ont été à l’époque interdites dans les chais, puis reléguées à certains travaux de la vigne (les plus fastidieux), cantonnées à des postes de bureau ou de labo… 

Aujourd’hui, même si les femmes du vin manquent encore de visibilité et de reconnaissance, si la parité est loin d’être d’actualité dans tous les métiers, elles ont leur place dans la filière où elles insufflent un vent de diversité porteur d’innovation.

Les jeunes femmes qui reprennent le domaine familial, les néo-vigneronnes, n’hésitent pas à bousculer les habitudes : planter de nouveaux cépages, essayer des nouvelles techniques de vinification, proposer des accords mets et vins originaux… Elles ont envie de sortir d’un univers parfois trop codifié, de rendre le vin plus accessible. 

Par exemple, les femmes sont très présentes sur les réseaux sociaux, elles ont compris que la communication digitale est devenue un outil indispensable (voir billets Les réseaux sociaux, un bon tuyau pour la filière vin #1 et #2).

Ce vent de dynamisme et de nouveauté n’est bien entendu pas propre au sexe féminin. Il est avant tout générationnel et contextuel, mais, à mon plus grand bonheur, les femmes en sont des actrices à part entière !

Nous avons évoqué deux sujets où être une femme peut avoir une incidence.

Si l’aptitude à l’analyse sensorielle n’est bien sûr pas une question de genre, j’ai remarqué pendant mes cours d’initiation à la dégustation que les femmes identifient plus facilement les arômes floraux et les épices. Cette sensibilité olfactive est certainement liée à l’éducation parce que elles sont encore bien souvent derrière les fourneaux…

En terme de machinisme, le fait qu’il y ait de plus en plus de personnes de la gent féminine travaillant à la vigne et dans les chais pousse les constructeurs à développer des outils plus ergonomiques, facilitant ainsi le travail des femmes et des hommes.

Je me suis évidemment retourné la question, est-ce qu’à mon niveau j’ai fait changer le monde du vin ?
Au Domaine la Vivarelle, j’agis avec les compétences et les aspirations d’Audrey Martinez qui sont dépendantes de mon caractère et non pas de mon genre.
Au sein de mon activité de communicante sur le vin, je pense que le fait que je sois une femme militante de l’égalité m’incite à mettre en avant les femmes du vin.

Les femmes sont en train de changer le monde du vin parce qu’en s’unissant elles vont se donner de l’énergie, prendre confiance en elles afin de bouleverser les codes, modifier les rapports de force, faire évoluer la filière vin vers plus d’équité et de respect.

Un grand bravo à l’association Women do Wine pour l’organisation hors-pair de cette belle journée !

Women do Wine, les femmes changent-elles le monde du vin ?#1

Je vous avais demandé votre aide dans mon billet Rencontre Women do Wine, on a besoin de vous ! Et bien figurez-vous que l’association a réussi à financer sa première manifestation qui s’est tenue dimanche 23 juin à Paris. L’occasion idéale de réfléchir et d’échanger sur des sujets qui nous tiennent à cœur : les femmes changent-elles le monde du vin ?

J’ai tout d’abord été extrêmement flattée lorsqu’elles m’ont proposé d’animer cette table ronde en compagnie de deux super filles du vin, Laetitia Allemand (Domaine Allemand) et Birte Jantzen (Winebubble).
Puis, quand j’ai commencé à songer à cette thématique, je me suis dit qu’on allait être en terrain glissant… Comment essayer de répondre à cette question sans tomber dans des propos genrés ? Ceux contre lesquels je m’offusque au quotidien…

Alors, en préambule, on a décidé d’en profiter pour faire tomber des clichés ! En quoi les femmes ne changent-elles pas le monde du vin ? 

Les femmes ne font pas des vins de femmes.

Combien de fois ai-je entendu (de la part d’hommes et de femmes) au cours d’une dégustation de mes vins : « ah, on voit bien que ce sont des vins de femmes. Les tanins sont soyeux, ils ont du charme… ».

En fait, à la Vivarelle, on travaille en équipe en s’attachant à élaborer des vins bien équilibrés, aux tanins bien enrobés qui n’assèchent pas le palais. Mais je ne pense vraiment pas que ce soit une question de genre, il suffit juste d’être à l’écoute de ses terroirs.

Non les vigneronnes ne vinifient pas que des rosés fruités ou des rouges gouleyants, faciles à boire. Les femmes du vin ne changent pas le goût vin !

Les femmes ne sont pas plus douées pour la dégustation.

Certains pensent que les dégustatrices sont plus fines, plus compétentes, dans l’exercice de l’analyse sensorielle. 
L’aptitude à la dégustation, et notamment à la reconnaissance des arômes, dépend des prédispositions génétiques, mais surtout de la pratique, de l’apprentissage. 

Pourquoi nous arrive-t-il d’être ému lorsque qu’on respire un vin ? Parce que son nez nous replonge dans un doux souvenir d’enfance. L’identification des familles aromatiques composant le bouquet d’une cuvée est avant tout liée à notre passé olfactif et non à notre sexe.

Les femmes ne mettent pas la barre plus haut en terme de dégustation !

Les femmes ne sont pas forcément attirées par les étiquettes roses.

Le marketing genré m’a toujours dérangée. Il est vrai que la répartition des tâches n’est toujours pas d’actualité et que ce sont encore les femmes qui se chargent de remplir le frigo du foyer, donc d’acheter le vin.

Des études disent que celles-ci pourraient être attirées par des packagings modernes aux couleurs « flashy ». Mais cela ne serait-il plutôt pas une question de génération plus que de genre ? Ces codes ne parleraient-ils pas plus aux jeunes consommateurs avides de fun ?

Les consommatrices, les vigneronnes, les chargées de marketing, ne tombent pas toutes sous le charme du « girly » ! Elles s’attachent avant tout à la qualité de l’habillage.

Les femmes qui réussissent ne sont pas toutes des « dames de fer ».

Ce cliché n’est malheureusement pas spécifique à la filière vin. Les femmes qui exercent des métiers de haut vol sont souvent réputées pour avoir un caractère fort, exerçant un management à la dure… 

Il est encore malheureusement vrai qu’elles ont du faire leurs preuves plutôt deux fois qu’une pour en arriver là, taper du poing sur la table pour s’imposer, résister à des propos sexistes. Mais ce n’est évidemment pas pour autant qu’elles sont devenues des despotes… 

Peut-être que ce parcours du combattant a un peu forgé leur caractère ? Et puis, cela se saurait si les hommes les plus influents de la filière vin étaient doux comme des agneaux…

A suivre, la deuxième partie de notre table ronde, qu’est-ce que les femmes du vin changent ?

Vins de Géorgie, mes coups de cœur

Je peux vous dire que mon cœur s’est emballé à maintes reprises devant les vins de Géorgie et leurs 500 cépages autochtones ! Voici ma sélection…

Iago Chinuri, Iago’s Wine.

Le plus authentique, Iago Chinuri 2017, Iago’s Wine.

Un vin ambré (voir billet Les vins ambrés de Géorgie) de la région de Kartli (voir billet Wine trip, les vins de Géorgie #1).

Un cépage local, le Chinuri, vinifié à l’ancienne. Après une vendange à la main, les grappes entières sont directement mises en qvevris. La seule intervention de Iago consiste à faire des pigeages manuels pendant la phase de fermentation alcoolique. A la fin de celle-ci, les jarres sont hermétiquement fermées jusqu’à leur décuvage manuel au bout de 6 mois. 

Un vin qui respire à plein nez la fleur d’oranger, le safran, le coing, le citron confit. Une bouche à l’équilibre riche, où la concentration arrive à soutenir la fermeté des tanins. Une finale très longue, envoûtante…

Quand j’ai demandé à Iago avec quels plats l’associer, il m’a répondu : « le meilleur accord est avec les fromages français, comme un vieux Comté ». 

Goruli Mtsvane, Château Mukhrani.

Le plus dynamique, Goruli Mtsvane 2017, Château Mukhrani.

Un blanc à base de Goruli Mtsvane, vinifié à l’européenne, de la région de Kartli : vendanges manuelles, macération pré-fermentaire à froid, pressurage, fermentation et élevage sur lies en cuve.

Un superbe nez gourmand de pêche jaune, mirabelle, citrus, anis étoilé. Une bouche droite et tendue, à la finale vivifiante sur des notes de pamplemousse jaune.

Un vin capable de donner la réplique à un apéritif dînatoire autour de délices de la mer : quiche au saumon, rillettes de thon, bulots, tartares de poisson…

Tsitska, Baia’s Wine.

Le plus « girly », Tsitska 2018, Baia’s Wine.

Un vin ambré de la région d’Imereti (voir billet Wine trip, les vins de Géorgie #2), issu du cépage Tsitska. 

Baia, la vigneronne, a trouvé un compromis entre la « méthode traditionnelle » et « européenne » afin d’obtenir une extraction maîtrisée : égrappage des raisins, macération en qvevris pendant 3 mois, puis élevage en cuves.

Son Tsitska a toute la complexité aromatique d’un vin ambré (abricot sec, miel, fleurs jaunes, curcuma) avec une approche en bouche plus accessible ; des tanins juste présents pour contraster un volume charmeur.

Le vin idéal avec la cuisine asiatique : soupe de poulet à la citronnelle, dim sum, pad thaï, crevettes au curry…

Saperavi, Chubini Wine Cellar.

Le plus fun, Saperavi 2017, Chubini Wine Cellar.

Même si les rouges sont minoritaires, je ne pouvais pas passer à côté du Saperavi ! Avec 10% des surfaces en production, il est le raisin rouge le plus planté en Géorgie.

Cette variété très ancienne appartient à la catégorie extrêmement rare des cépages teinturiers (à la pulpe colorée). Il peut être vinifié à « toutes les sauces » (qvevris, cuves, barriques), en sec, « mi-sucré », sucré ou muté, mais une chose demeure invariable, sa robe rouge est hallucinante de profondeur, presque opaque.

En Kakheti (voir billet Wine trip, les vins de Géorgie #3), Tornike érafle ses raisins, puis les laisse macérer en qvevris pendant 6 mois.

Son Saperavi vous ravira de plaisir ! Un vin sec au nez guilleret de fruits noirs (cassis), poivre, genièvre, eucalyptus, cacao. Une bouche juteuse, fruitée, tout en dentelle.

Un vin plaisir qui donne le sourire !

C’est avec cet article que se clôture ma série sur la Géorgie. Je pense que vous avez ressenti l’émotion que m’a suscité ce voyage, pour plusieurs raisons qui n’évoquent pas seulement l’univers du vin…

Gagvimardjos (santé) !

Les vins ambrés de Géorgie

Après ce wine trip palpitant en Géorgie, il me semble important de revenir plus en détails sur l’élaboration des vins ambrés. Tout simplement parce qu’ils sont uniques…

Ils sont tendance en France depuis quelques années sous le nom de « vins oranges » (voir billet Vin orange, la tendance de la rentrée). Cependant, la Géorgie, le berceau de cette technique de vinification, n’est pas d’accord avec cette dénomination qui porte à confusion avec le vin d’orange (fait à partir de cet agrume). Le pays a demandé à l’OIV (Organisation Internationale de la vigne et du vin) de légiférer sur la catégorie « amber wine » ou vins ambrés en français.

De plus, l’élaboration des « vins oranges » s’inspire de la « méthode traditionnelle » géorgienne mais elle n’est pas faite dans les règles de l’art.

Atelier de fabrication artisanale de qvevri.

La Géorgie est « le pays où l’on tire le vin de la terre ». La « méthode traditionnelle », appliquée depuis 8000 ans, est réalisée en qvevris, ces sublimes jarres en terre cuite, confectionnées entièrement à la main (voir billet Wine trip, les vins de Géorgie #2) et enterrées dans les maranis (les chais authentiques).

Les exceptionnels vins ambrés sont des blancs secs vinifiés comme des rouges c’est-à-dire qu’ils macèrent avec les pellicules, les pépins et parfois même les rafles, pendant plusieurs mois (entre 1 et 12 mois) avec très peu d’intervention de l’Homme (pigeage manuel, pas de levurage, contrôle des températures par l’inertie thermique de la terre…). 

Ces vins riches, complexes, structurés par des tanins, sont inhabituels pour nos palais mais passée une courte phase d’apprentissage, ils sauront vous séduire…
Ils sont parfaitement en accord avec la gastronomie géorgienne, riche de ses influences asiatiques et orientales, qui offre une extraordinaire variété de plats assaisonnés d’herbes sauvages, d’épices, de noix. 
« Chaque plat géorgien est un poème », Alexandre Pouchkine. 

Cette technique ancestrale demande peu de matériel de vinification mais elle exige beaucoup de manutention et ne peut donc s’appliquer que sur des volumes restreints.

Un marani datant du 17ème siècle.

A côté de cela, certains domaines (généralement les plus gros) optent pour la « méthode européenne » en cuves avec, en option, un élevage en fûts de chêne. Cette vinification nécessite plus de technologie (pressoir pneumatique, filtration…), mais elle permet de vinifier de plus grosses quantités. 

Même si j’ai été plus intéressée par la « méthode traditionnelle », c’est une fabuleuse découverte parfaitement adaptée à l’expression des cépages endémiques, je ne me permettrais pas d’apporter un jugement de valeur. 
Elles sont toutes deux complémentaires, à l’origine de vins ayant des typicités distinctes, pour des moments de consommation différents.

A venir, ma sélection de vins coup de cœur…

Wine trip, les vins de Géorgie #3

C’est déjà la dernière étape de notre wine trip en Géorgie (voir billets Wine trip, les vins de Géorgie #1 et #2), mais certainement la plus riche… Direction la Kakheti !

Etape 4 : la région de Kakheti.

La Kakheti est le berceau de la vigne en Géorgie. C’est dans cette région à l’extrémité est du pays, frontalière avec la Russie (au nord-est) et l’Azerbaïdjan (au sud-est), que des pépins de raisins vieux de 8000 ans ont été retrouvés dans les qvevris d’antan. 
Elle représente 70% de la production de vin et offre une diversité hallucinante de cépages endémiques (500).

Chubini Wine Cellar

L’arrivée à la Chubini Wine Cellar restera pour moi la plus belle image de ce voyage !

En 2016, à tout juste 25 ans, Tornike a décidé de quitter la bouillonnante Tbilissi pour venir s’installer dans le petit village de Shilda afin d’y lancer son domaine. Il n’est pas arrivé là par hasard. Il lui aura fallu près d’un an afin de dégoter l’endroit idéal.
Mis à part ce panorama grandiose, avec vue sur la chaine de montagnes du Grand Caucase, il a été emballé par ce terroir très qualitatif, peu fertile et caillouteux.

Comme tous les petits vignerons en Géorgie, il s’est tout d’abord consacré à édifier son marani : décaisser le sol à plus de 2 m, positionner ses 28 qvevris, construire le bâtiment en utilisant des matériaux locaux (pierres, bois). Puis ensuite, à acheter des vignes.

Le marani de la Chubini Wine Cellar.

Son premier millésime a été mis en bouteille en 2017, après 12 mois passés sous terre. Il produit aujourd’hui 10000 bouteilles (5000 de Rkatsiteli en blanc et 5000 de Saperavi en rouge).

Tornike a une personnalité très attachante, avide de partage. Dans ses yeux brille l’amour qu’il porte à ses créations, et à sa jeune femme qu’il vient d’épouser…

A faire : séjourner au Château Méré. La grande classe !

Il faudrait bien plus que quelques jours pour découvrir cette terre de contrastes, riche de son histoire et de sa culture. La Géorgie, ses Hommes et ses vins m’ont fait ressentir beaucoup de choses : une impression de retour dans le passé, de l’humilité vis-à-vis de cette technique de vinification traditionnelle, de la curiosité pour ces incroyables cépages autochtones (voire même un brin de jalousie), de l’inquiétude pour l’avenir de ce si beau pays…

Encore un grand merci à Barbara Bacic, fondatrice de Seawine Travel, qui avait déjà organisé mon wine tour en Croatie l’année dernière et à Khatuna Tsereteli , notre guide interprète locale au grand cœur !

Je vous donne rendez-vous très vite dans la rubrique tire-bouchon pour déguster mes vins coup de cœur…

Wine trip, les vins de Géorgie #2

Après une première étape dans la région de Kartli, je vous propose de poursuivre l’aventure en Géorgie avec les vins de Racha et d’Imereti…

Etape 2 : la région de Racha.

Continuons en direction du nord-ouest à la découverte de Racha. Une toute petite région qui produit le vin préféré des Géorgiens, l’AOP Khvanchkara. Un rouge de vendanges tardives, « mi-sucré », réalisé à partir de deux cépages que l’on ne retrouve qu’ici, l’Aleksandrouli et le Mujuretuli.

Le vignoble de la région de Racha.

La cave historique, datant de 1870, est le Royal Khvanchkara. Elle est encore aujourd’hui le plus gros faiseur de l’appellation (110 000 bouteilles), aux mains des mêmes personnes que le Château Mukhrani à Kartli.

Etape 3 : la région d’Imereti.

Cette région fertile de l’ouest, au climat continental tempéré par la Mer Noire, est reconnue pour ses blancs de Tsolikauri, Tsitska et Krakhuna.

La vigneronne Baia (Baia’s Wine) avec son grand-père.

Quelle joie de faire la connaissance de Baia (Baia’s Wine), une des 20 vigneronnes du pays (on est bien loin de la parité en Géorgie !). C’est son grand-père, un des premiers œnologues de Géorgie, qui lui a transmis sa passion pour la vigne et le vin.

Une bouteille de Baia’s Wine dans son marani.

Elle bichonne ses 3 hectares qu’elle vinifie de façon traditionnelle en qvevris, tout en s’inspirant des techniques de « vinification européenne » afin de garantir le bon déroulé des fermentations et de proposer des vins blancs aux profils plus accessibles. Les raisins sont égrappés et partiellement pressés. Les durées de macération sont raisonnées (1 à 3 mois).

Dégustation à la Winery Khareba.

Le contraste est fort devant la géante Winery Khareba. Un vignoble de 1000 ha, une cave où 25000 bouteilles s’élèvent dans les 7,7 km de galeries interconnectées creusées vers la fin des années cinquante (comme abri militaire) dans la roche granitique à flanc du massif montagneux du Caucase, un très beau complexe œnotouristique.

La gamme de vins est à l’échelle du domaine. Elle compte 35 références issues de cépages locaux et internationaux, vinifiés selon les méthodes « traditionnelle » et « européenne ». Ma dégustation s’est évidemment orientée vers les variétés locales et je peux vous assurer que je me suis vraiment régalée ! 

Fabrication d’un qvevri.

Quand Zaliko Bojadz façonne à la main les qvevris les plus réputés de Géorgie, le silence s’impose devant son art !

Ce savoir-faire exceptionnel se transmet de génération en génération, après plusieurs années d’apprentissage. Il s’agit tout d’abord de choisir la bonne qualité d’argile et de la ramasser à la main pour trier les éventuelles impuretés (cailloux…). Ensuite, le tournage des différentes parties se fait en plusieurs fois afin de les laisser sécher avant l’assemblage final. Elles sont alors cuites au four à bois pendant 6 jours minimum. La dernière étape consiste à les enduire de cire d’abeille, aux vertus antiseptiques.

Quand j’ai demandé à Zaliko le temps qu’il lui faut pour fabriquer un qvevri de taille moyenne (8 hl), il n’a pas pu me répondre, certainement par modestie…

A faire : le superbe marché de Kutaisi.

A suivre, la Kakheti, le berceau de la vigne en Géorgie…