Derniers articles

Le Caveau Ferlus à Tourbes, un bar à vins ancré dans ses racines

La dégustation d’un vin est conditionnée par notre état physiologique et l’environnement dans lequel on se trouve. Comment avoir les sens en éveil quand on ne se sent pas bien ?
Imaginez-vous découvrir un joli rouge du Languedoc dans une ancienne cave vinicole qui sent encore les effluves de son passé… Au bar à vins le Caveau Ferlus à Tourbes, tous les éléments sont réunis pour un voyage sensoriel réussi !

On devine aisément l’agitation qui régnait à l’ombre des grands platanes de l’Avenue de la gare. Au temps où la voie ferrée de la Compagnie du Midi passait par Tourbes afin de relier Pézenas et Béziers. La frénésie qui s’emparait des Tourbains au moment des vendanges, quand les portails en anse de panier des caves s’ouvraient pour accueillir le fruit d’une vie.

Aujourd’hui, au numéro 5 de cette avenue, l’encadrement en pierres de taille de l’ancienne ouverture est toujours là mais le bois a été remplacé par une vitre, afin de remettre en lumière le Caveau Ferlus.

C’est en faisant du rangement dans la cave de vinification de son arrière arrière grand-père que Pascal Rey Saint Martin est tombé sur une bouteille d’Alicante Bouschet datant de 1897. L’idée lui est alors venue de faire revivre l’œuvre de Charles Ferlus, le monsieur très chic sur la photo (voir ci-dessous).

Après une rénovation de plusieurs mois, le Caveau Ferlus a ouvert ses portes en juin 2018. L’histoire de famille continue avec Nancy, la femme de Pascal, et Brigitte, sa maman.
Et quelle réhabilitation ! C’est un lieu magique où les différentes époques se mélangent avec justesse. Des lustres design majestueux éclairent l’allée centrale de la cave. Les anciennes cuves béton ont été ouvertes pour y accueillir des petits salons intimistes. Le vieux pressoir en bois trône à côté du bar au look contemporain.

« J’ai voulu créer un lieu dans lequel je retrouverais ce dont j’ai envie quand je vais dans un bar à vins : des découvertes, des conseils, des produits artisanaux de qualité, de la convivialité ». Un pari réussi, Pascal ! 

Vous y rencontrerez une belle sélection de 160 références de vins du Languedoc-Roussillon. Des tapas concoctées avec des aliments triés sur le volet : les fameux Petits Pâtés de Pézenas de Madame Quatrefages (voir billet Que boire avec un Petit Pâté de Pézenas ?), les poissons fumés du Fumage Artisanal du Sichon, le Bellota de la Maison du Jambon Ibérique des Halles de Béziers, les délices de la Pâtisserie Percheron… Sans oublier la superbe assiette « vegan » cuisinée avec amour et conviction par Nancy.
Le tout dans une ambiance chaleureuse qui invite au partage.

De plus, si vous craquez pour une bouteille (je n’en doute pas !), vous pourrez l’emporter illico parce que le Caveau Ferlus fait aussi caviste.
Si vous souhaitez organiser une soirée privée, une salle de dégustation est disponible pour vos petites et grandes occasions.
Et si vous êtes un mélomane, des concerts (notamment du Jazz) sont programmés tous les mois.

Bref, le Caveau Ferlus n’a pas fini de faire déferler les épicuriens d’un jour ou de toujours !

Contact
Caveau Ferlus, 5 Avenue de la gare, 34120 Tourbes
04 67 93 50 61 ou 06 20 44 77 92

Les Saint-Élites au Prince Noir

Vendredi soir, les papilles de quelques privilégiés se sont emballées à la table du restaurant étoilé Le Prince Noir à Lormont. Un grand moment, qui illustre à merveille la magie des accords mets et vins, organisé à l’initiative des vigneronnes et vignerons des Saint-Élites. Retour sur ce festival de saveurs…

Sur la rive droite de la Dordogne, il y a Saint-Émilion, un des vins les plus connus au monde. Au nord de la « prestigieuse», quatre appellations ont le droit de faire suivre le nom de leur commune du nom de Saint-Émilion : Lussac, Puisseguin, Montagne et Saint Georges. On les appelle les « satellites » de Saint-Émilion. Quatre dénominations qui ont la chance de jouir de cette notoriété, mais qui doivent réussir à trouver leur place.

En 2016, neuf vigneronnes et vignerons de ces « satellites » ont décidé de se regrouper afin de cultiver leur différence. Les Saint-Élites se retrouvent sous une signature commune : le respect de leurs terroirs singuliers, leur savoir-faire, leur ouverture à l’innovation, leur indépendance (ce ne sont que des propriétés familiales). 

Cela fait déjà quelque temps que les Saint-Élites réfléchissaient à organiser un évènement en accord avec leurs valeurs, qui sublimerait leur travail. Quoi de mieux que de faire danser leurs vins au rythme de Vivien ?

Le défit est lancé ! Chaque protagoniste a sélectionné avec soin une cuvée et l’équipe du restaurant Le Prince Noir a dû imaginer un menu en neuf temps où chaque plat s’accorde à un vin.

Il y a deux manières d’aborder les accords mets et vins. Dans la majorité des cas, on part d’un plat et on cherche la cuvée qui saura l’exalter. L’exercice est peut-être plus difficile, mais ô combien plus passionnant, de prendre les choses à l’envers. Elaborer un mets en fonction d’un vin. C’est ainsi qu’est né ce dîner hors du commun…

Le chef Vivien Durand, secondé de Clément Bruneau et du pâtissier Benoit Ceneda, a travaillé main dans la main avec la chef sommelière Monia Aoudi, que j’ai eu la joie d’interviewer dans ma saga « les femmes du vin » (voir billet : Les femmes du vin au fil de l’assiette), afin de faire rimer mets et vins sur le même tempo.

Un pari de haut vol, d’autant plus qu’il s’agissait exclusivement de vins rouges de caractère, gagné avec brio par une brigade passionnée où chacun a apporté sa pierre à l’édifice.
La cuisine franche et vraie du chef, qui laisse toute sa place au produit, a su trouver un bel écho à ces neufs vins de terroir.

Je ne vais pas avoir l’indécence de vous détailler tous les accords (vos papilles y laisseraient la peau). Je me limiterai aux mariages qui n’étaient pas gagnés d’avance, mais qui sont promis à un bel avenir de gastronomie !

La Mauriane 2000, Domaines Taïx, Puisseguin Saint-Émilion / Merlu, blettes et réduction d’anchois.
Une assiette aux goûts contrastés : la douceur du merlu, la fraîcheur des blettes, le mordant des anchois. Le vin fait la liaison entre ces différentes sensations, grâce à sa structure charnue et parfumée, ses notes fumées et sa finale tendue.

Jean & Gabriel 2015, Château Bel-Air, Lussac Saint-Émilion / Poires, champignons.
Alors, trouver un accord réussi avec un vin rouge charpenté en dessert, en sortant du traditionnel chocolat, je vous tire mon chapeau !
Des fines couches de poires juste fondantes, au sucré délicat, alternées avec des lamelles de champignons de Paris crus, à la texture croquante. Un vin rouge qui respecte cet équilibre. Il s’enrichit de douceur. Sa concentration et ses tanins fermes trouvent du répondant dans la mâche et la puissance aromatique des champignons.

Quand des talents se rencontrent, cela fait des étincelles, pour un feu d’artifice de saveurs !

Merci pour cette belle soirée !

Castigno, un village pas comme les autres

Il est difficile de faire rentrer Castigno dans une seule case : entre vie de village ou vie de château, plongée en Languedoc ou détour en Asie, chai aérien ou vieux Carignan bien enraciné, formule bistrot ou dîner gastro. Une chose est sûre, il y fait bon vivre, pour une expérience pas comme les autres…

L’histoire, la concrétisation d’un rêve

L’histoire a commencé il y a une dizaine d’années quand un couple de Belges Flamands qui avait les moyens, Tine et Marc Verstraete, a craqué pour un château viticole perché sur les collines d’un village de 150 habitants nommé Assignan.
Un petit paradis de l’arrière-pays héraultais, au sud du vignoble de Saint-Chinian, où garrigue, vignes et cyprès, évoquent les paysages bucoliques toscans.

Après une réhabilitation soignée du château, qui est aujourd’hui leur demeure, ils ont acheté quelques maisons laissées en désuétude afin de pouvoir y accueillir famille et amis. Parallèlement à cela, ils ont souhaité poursuivre l’histoire des 32 hectares du domaine. Des vignes d’une moyenne d’âge de 50 ans, sur des terroirs qualitatifs, qu’il aurait été bien dommage de ne pas valoriser.

Chemin faisant, ces entrepreneurs dans l’âme, ont eu envie de ficeler leur rêve autour d’un projet œnotouristique de charme. C’est ainsi qu’est né le Village Castigno.

Le Village Castigno, vis ma vie de villageois

Toutes de rouge vêtues, afin de rappeler la couleur du vin, les différentes enseignes de Castigno sont parsemées dans les petites rues du village. 

Sur la jolie place pavée baignée du soleil languedocien, vous trouverez la réception, l’Epicerie et le bistrot La Petite Table.
Vous partirez en voyage en Asie au détour d’une ruelle, à la table du restaurant Thaï ou lors d’un massage balinais au centre de bien-être le Petit Péché.
Vous mettrez les petits plats dans les grands en dégustant la partition à quatre mains des frères Ruben, les 2 chefs du restaurant gastronomique La Table.

Pour les plus chanceux d’entre vous, vous passerez une douce nuit dans une des 24 chambres et suites nichées dans les maisons du village (Vendangeurs, Villa Rouge, Maison d’Amis).

Le tout sans connexion internet. L’endroit parfait pour envisager une « digital detox » afin de « renouer avec une autre forme de temps, dédiée au bien être, au plaisir du bien manger, du bien boire et du bien vivre ».

Vous l’aurez compris, le Village Castigno n’est pas tout à fait un hôtel, bien plus qu’un vignoble, c’est une expérience qui incite au lâcher-prise, à l’éveil des sens et au partage…

La cave du Château Castigno, l’époustouflante 

Au printemps 2018, pour les 10 ans du domaine, la nouvelle cave du château s’est érigée telle une bouteille à la mer avec vue sur le Parc naturel du Haut-Languedoc.
Une œuvre architecturale unique et audacieuse, de 80 mètres de long et 18 mètres de large, à l’allure élancée, qui s’intègre parfaitement dans le paysage. Une sculpture en forme de bouteille de vin, posée sur la terre, soutenue par des branches, entièrement recouverte de chêne liège.

A l’intérieur, la magie des lieux atteint son apothéose. Caveau de vente feutré, salle de dégustation qui s’ouvre sur la nature, cave de vinification high-tech, chai à barriques aux courbes circulaires, le tout réalisé dans des matériaux recyclés.

Dans le verre, les différentes cuvées sont bien ficelées, expressives, empreintes de vérité. Une qualité qui témoigne du travail soigneux réalisé au vignoble (culture biologique, vendanges manuelles) et au chai (vinification parcellaire, extractions douces…).

Mes 2 chouchous : Château Castigno blanc, un assemblage harmonieux de Grenache Blanc et Roussanne, pour un moment de gastronomie, et Secrets des Dieux, un rouge issu du trio Grenache Noir, Syrah et Carignan Noir, pour une parenthèse conviviale.

Même si quelques irréductibles n’ont pas vu d’un bon œil la réhabilitation de leur village natal, on ne peut pas nier que cette initiative a réveillé la petite commune d’Assignan, qu’elle met en lumière les 7 domaines voisins et qu’elle fait briller le Languedoc !

Le Village Castigno est un petit monde à part, pour de grandes sensations…

Les femmes du vin au fil de la nature

Il y a certains métiers qui n’ont pas le vent en poupe mais qui font partie intégrante de la filière vigne et vin bordelaise, surtout quand ils sont exercés avec passion et professionnalisme. Je suis charmée de vous présenter Isabelle Ladevèze, Ingénieure Agriculture Durable sur le Sud-Ouest de la France chez Bayer, une femme du vin au fil de la nature…

Les contrôles de maturité vont bon train dans le vignoble. Les vigneronnes et vignerons scrutent leurs grappes afin de les cueillir au bon moment. Celui qui correspond à leur optimum qualitatif. Une décision périlleuse, qui prend en compte plusieurs facteurs essentiels : le profil des vins à venir, l’état sanitaire des raisins, les prévisions météos…
Tout au long de l’année, Isabelle accompagne les revendeurs, les instituts techniques, les châteaux, afin de les conseiller sur la protection de la vigne. Elle les aide à obtenir de belles grappes saines, tout en respectant au mieux la nature et les Hommes.

Après avoir emprunté une petite route qui sillonne entre les coteaux argilo-calcaires, nous voilà au milieu d’une allée majestueuse plantée d’arbres centenaires, tel un tapis rouge qui nous mène face à une demeure de caractère datant du XVIème siècle, celle du Château Lamothe de Haux.
Isabelle a, à peine, eu le temps de troquer sa tenue de terrain pour retrouver sa coquetterie naturelle. Nous la retrouvons hésitant entre deux paires de chaussures, un grand sourire aux lèvres.

Isabelle est basque, elle a grandi à Mouguerre, un village à côté de Bayonne, avant de quitter « son pays » natal pour poursuivre ses études à la capitale. Elle a toujours été une élève brillante. Après les Classes Préparatoires du lycée Montaigne à Bordeaux, elle a intégré la prestigieuse école d’agronomie, AgroParisTech où elle s’est spécialisée en phytopathologie (les maladies des plantes).
Bien que sa famille ne soit pas issue du milieu agricole, elle a grandi à la campagne et s’est toujours sentie proche de la nature. Elle a suivi un cursus lui permettant de travailler à l’extérieur, en rapport avec le végétal.

Cela fait maintenant 31 ans qu’elle œuvre pour la santé des plantes. Portée par l’intérêt pour son métier, elle a su résister aux diverses fusions et acquisitions qui ont abouti à la création de la société Bayer France.
De la Vallée du Rhône au Bordelais, en passant par le Gers, les Charentes, la Dordogne, elle a dispensé des conseils techniques relatifs aux plantes cultivées dans ces différents territoires.
Aujourd’hui basée à Bordeaux et rayonnant sur le grand Sud-Ouest, elle travaille notamment sur la culture de la vigne et l’encadrement de l’utilisation des produits phytosanitaires en vue de limiter les impacts sur l’environnement et de garantir la sécurité des applicateurs et des consommateurs.

La WINEista. Selon vous, quels sont les enjeux de demain en termes de traitements de la vigne ?
Isabelle Ladevèze. Je pense que le gros levier d’amélioration concerne les techniques d’application des produits. De nouvelles technologies pourront se développer demain qui éviteront l’utilisation de pulvérisateurs pour traiter la vigne. L’arboriculture travaille déjà sur le projet PulVéFix et des essais sont en cours sur la vigne. Il s’agit d’un système fixe de pulvérisation, installé sur chaque plante, évitant ainsi l’utilisation des tracteurs et des pulvérisateurs qui consomment du carburant, rejettent des gaz à effet de serre, tassent les sols, font du bruit, peuvent gêner les riverains.
Cela permettra d’être très réactif, de pouvoir traiter l’ensemble d’une exploitation juste avant une pluie, de faciliter l’emploi de produits plus difficiles à positionner comme les biocontrôles (ndlr : des produits d’origine naturelle qui régulent les maladies ou les ravageurs).

La WINEista. Aujourd’hui il y a un rejet de la chimie, n’y a-t-il pas des molécules d’origine naturelle qui soient dangereuses ?
I.L. Oui bien sûr ! L’origine naturelle ne garantit pas du tout l’innocuité. Il y a bon nombre de substances toxiques d’origine naturelle. Un amalgame est malheureusement fait par certains, entretenu par d’autres, mais qui est faux.
Avant leur autorisation de mise sur le marché, les produits de protection des plantes ont une évaluation qui est très poussée en Europe et en France, au moins comparable à celle effectuée sur les médicaments. Ces études permettent de vérifier scientifiquement que les produits sont efficaces et que leur impact est acceptable pour l’environnement, l’agriculteur, le consommateur, le riverain et le promeneur.
Cela n’est cependant pas une garantie de zéro effet. Toute action humaine a un impact environnemental. Les diverses solutions de protection des cultures permettent de lutter contre un organisme vivant, cela ne peut pas être complètement neutre. C’est pour cela que ces produits sont évalués avant leur autorisation et s’accompagnent de conditions d’utilisation précises et réglementées comparables à la posologie des médicaments.
On se soigne tous même s’il peut parfois y avoir des effets secondaires car on connaît le bénéfice du soin, qui est supérieur au risque. Si l’espérance de vie a considérablement augmenté dans les pays développés, c’est principalement parce que l’on a amélioré notre alimentation et notre santé.

La WINEista. Pourquoi les vigneronnes et vignerons utilisent-ils des produits phytosanitaires pour traiter la vigne ?
I.L. Parce que la vigne est une plante sensible à plusieurs maladies. Ces maladies peuvent entraîner des défauts qualitatifs de la vendange et des vins, des pertes conséquentes de récoltes. Il y a des travaux en cours afin de sélectionner des cépages plus résistants mais cette solution n’est envisageable qu’à moyen terme.
Les cépages actuellement cultivés sous nos latitudes sont très sensibles au mildiou, à l’oïdium et au botrytis. Dans le Bordelais, le mildiou peut entrainer une destruction totale de la récolte. Comme cette année, où la maladie a été très virulente. Il y a un impact économique énorme pour des viticulteurs qui vivent de leur production !
Les seules solutions proposées aujourd’hui sont de protéger la vigne avec des produits phytosanitaires que celle-ci soit en culture biologique ou pas.

La WINEista. Leurs pratiques ont-elles évolué ces 30 dernières années ?
I.L. Oui ! Tous les acteurs ont progressé ! Les produits ont évolué. Ils sont de plus en plus sélectifs, donc avec de moins en moins d’impacts secondaires. Même si, comme je l’ai dit avant, on n’aura jamais de produits complètement neutres.
Les vignerons raisonnent beaucoup plus leur protection. Ils utilisent l’agronomie pour limiter le développement des maladies. Ils ont des outils d’aide à la décision, qui tiennent compte du climat et de la dynamique de l’épidémie, leur permettant de décider ou pas de traiter et à quel moment. Ils arrivent aussi à mieux cibler la pulvérisation sur le végétal et éviter les dérives. Ils se protègent mieux. Ils prennent en compte la biodiversité, on voit de plus en plus de vignes enherbées.
Il y a eu une vraie prise de conscience du monde viticole sur le fait qu’on n’utilise pas de produits anodins même s’ils ont été homologués après une évaluation du risque. L’objectif est d’avoir des raisins de qualité, pour obtenir de bons vins, en respectant au mieux l’environnement et l’applicateur.

La WINEista. En vigne, y a-t-il une mission, que vous avez menée, qui vous a tout particulièrement comblée ?
I.L. Oui ! Il y en a plusieurs ! Je vais parler de la plus récente. J’accompagne un viticulteur dans sa démarche proactive consistant à expliquer son métier à ses voisins. Le but est de définir ensemble une façon de fonctionner qui satisfasse tout le monde. On a organisé une visite du domaine, des ateliers de travail, afin de définir une charte de « bien vivre ensemble ». Par exemple, d’éviter les nuisances sonores en ne traitant pas avant 7h du matin, en prévenant le voisinage la veille de chaque passage du pulvérisateur.
La grande majorité d’entre eux a joué le jeu. Quand on explique les réalités d’un métier et que l’on établit le dialogue, tout le monde arrive à cohabiter.

La WINEista. On parlait précédemment des nuisances dues à l’utilisation des tracteurs, que pensez-vous du retour des chevaux dans les vignes ?
I.L. Je n’ai pas trop d’avis sur la question. Cette utilisation est marginale. Si cela leur fait plaisir ! Je pense cependant que c’est une démarche « marketing ». Un beau cheval de trait est très photogénique. J’espère qu’il y a de vraies convictions pour certains, mais je ne pense pas que cela soit toujours le cas…

La WINEista. L’utilisation des produits phytosanitaires a fait débat suite à l’émission de Cash Investigation. En tant que professionnelle de la protection des cultures, quelle est votre avis sur ce documentaire ?
I.L. C’est un reportage à charge, qui joue sur la peur. Par exemple, concernant les molécules retrouvées dans les cheveux des enfants de l’école de Léognan, j’ai consulté certaines de ces analyses et on ne retrouve que très peu de molécules utilisées en agriculture, un peu plus à usage domestique. De plus, il ne faut pas oublier que la présence ne veut pas dire qu’il y ait un risque. Les quelques molécules retrouvées sont à des doses infinitésimales, cela n’a aucune signification toxicologique.
C’est donc une vision complétement biaisée des choses, basée sur des sources peu fiables qui n’ont aucune valeur scientifique. Parler des enfants cela fait peur. On joue alors sur l’affectif et l’émotionnel. C’est très bien monté pour affoler les gens et cela a malheureusement marché !

La WINEista. N’est-il pas difficile de travailler pour une multinationale qui n’a pas souvent bonne presse ?
I.L. Euh… Je ne veux pas mentir, c’est plus difficile qu’avant. Parce qu’il y a de plus en plus de personnes de la filière qui sont gênées d’évoquer le sujet de la protection phytosanitaire. Cela traduit un contexte qui n’est pas raisonnable ou raisonné. En arriver là c’est quand même bien dommage ! Les produits phytosanitaires sont essentiels à la production agricole. Il faut bien sûr les utiliser du mieux possible. Moins on les utilise, mieux c’est. C’est comme les médicaments, moi, moins j’en prends, mieux je me porte. Tout le monde voudrait arriver à cela !
Je sais pourquoi je travaille et dans quel esprit on le fait. Je connais tout le travail qui est fait en amont avant d’autoriser la mise sur le marché de nos produits, tout le travail qui est fait pour accompagner leur utilisation. Je connais le professionnalisme de mes collègues, le sérieux et la rigueur des autorités qui nous délivrent les autorisations. On fait ça pour protéger les cultures et pas pour empoisonner la planète !

La WINEista. Pensez-vous que le monde du vin soit macho ?
I.L. Pas plus qu’ailleurs… Il y a certaines personnes qui n’ont pas une vision égalitariste des hommes et des femmes, mais pas plus que dans un autre secteur.

La WINEista. Aujourd’hui, a-t-on la parité hommes/femmes dans les métiers techniques de la protection de la vigne ?
I.L. Non pas du tout ! Il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes, même si la profession s’est féminisée depuis 10/15 ans. Mais les hommes sont prêts à écouter des bons conseils apportés par une femme. Je me mets rarement en position de me dire que j’ai un handicap parce que je suis une femme. Je me dis que je fais mon boulot le mieux possible, point.
Après, de temps en temps, on sent que la relation est biaisée parce qu’on a un homme en face qui nous regarde différemment parce qu’on est une femme. Mais c’est quand même pas si fréquent que ça. 

La WINEista. Quelle bouteille emporteriez-vous dans votre valise si vous deviez partir plusieurs mois sur une île déserte ?
I.L. Oh là là !!! Pour plusieurs mois, il me faudrait plus qu’une bouteille !
Plus ça va, plus j’apprécie les blancs. J’aime leurs arômes primaires de fruits, de fleurs. Je prendrais un Saint-Péray. La cuvée Les Pins, du Domaine Bernard Gripa. Ce vin me fait rêver ! Il a un nez charmeur, séduisant, et en bouche, il est super bon.

La WINEista. Et vous rêveriez de la déguster avec quel plat ?
I.L. Ah ! C’est une bonne question… C’est un vin qui est tellement bon, que je n’ai presque pas envie de manger avec ! Il ne faut pas quelque chose qui l’éteigne. Je l’aime à l’apéro ou avec des poissons fins.

La WINEista. Si je vous dis « environnement », cela vous évoque quoi ?
I.L. La nature et l’Homme. On est une composante de l’environnement. On est l’animal qui s’est le plus développé et qui a le plus bouleversé son environnement. Il faut continuer à progresser sur sa protection, sans tout rejeter en bloc. On ne pourrait pas revenir à l’âge de pierre !

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait chavirer ?
I.L. Les quais sont une réussite totale, au niveau paysager et humain ! Les gens se les sont appropriés, ils sont devenus un vrai lieu de vie. J’aime beaucoup aussi le Grand Théâtre. Ce bâtiment est magnifique ! 

La WINEista. A Bordeaux, où allez-vous dîner quand vous avez envie de vous régaler ?
I.L. Je suis récemment allée chez Glouton, pas loin du Palais de Justice. C’est super bon, avec une ambiance sympa et décontractée. J’aime aussi le Peppone cours Clemenceau. J’adore aller dans leur cave, me perdre pour chercher une bouteille de vin.

J’aurais aimé pouvoir discuter des heures avec Isabelle. Parce qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, ni la langue de bois, et qu’elle a une vision pratique de la réalité du terrain. Elle connaît les enjeux et les problématiques de la protection de la vigne.
Peu importe les divergences d’opinion, la filière ne pourra trouver des solutions que si elle travaille main dans la main, avec courage et sincérité.

Merci Isabelle !

Retrouvez les autres interviews des femmes du vin :
* Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de la cité.
* Coralie de Boüard de Laforest, gérante du Château La Fleur de Boüard et vigneronne du Château Clos de Boüard : Les femmes du vin au fil des cuves.
* Karine Vallon-Pin, responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois : Les femmes du vin au fil de l’élevage.
* Monia Aoudi, chef sommelière au restaurant Le Prince Noir à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de l’assiette.
* Latifa Barthe Saikouk, vigneronne au domaine Saïkouk / Le Mont du Puit : Les femmes du vin au fil des sarments.
* Anne Le Naour, directrice générale adjointe des propriétés bordelaises de Crédit Agricole Grands Crus : Les femmes du vin au fil des galons.
* Jane Anson, journaliste vin et écrivaine : Les femmes du vin au fil des lignes.

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

Nos envies « vin » de la rentrée

Après une pause estivale baignée d’escapades ensoleillées, de festoyades endiablées, de découvertes gustatives passionnées, de rencontres animées, je suis ravie de raccrocher mon maillot de bain pour vous retrouver autour du vin.

Pendant que certains récoltent le fruit d’une vie, d’autres s’extasient devant le fruit de leur amour. Les réseaux sociaux s’animent de photos de raisins bien coupés et de nos chers chérubins endimanchés. De mon côté, c’est à la Vivarelle, entre deux ceps de Syrah et bon nombre de remontages, que se fera ma reprise de rêve.

Un retour aux sources, un grand plongeon dans la réalité, guident nos envies « vin » de la rentrée. Mais quelles sont-elles ?

Renouer avec le rouge

Bien que le vin rouge ne soit pas antinomique avec l’été (voir billet 5 vins rouges qui font bronzer), il est vrai que les pics de canicule et leurs apéros colorés ne sont pas forcément propices aux tanins serrés.
Quel immense plaisir de déboucher les pépites glanées l’hiver dernier, pour un dîner à la robe profonde, au nez épicé et à la finale longue.

S’attabler entre amis

Après toutes ces aventures, il est appréciable de renouer avec nos valeurs sûres. Qu’il est bon de se réunir entre amis à la table de nos restos préférés pour retracer le fil de l’été et dérouler celui de la rentrée.
Que ce soit devant une entrecôte saignante accompagnée d’un Pessac-Léognan, ou un poke bowl végétarien assorti d’un blanc sec du Jurançon, les retrouvailles seront propices à nous donner le sourire.

Ne pas laisser tomber le rosé

Il a été notre compagnon préféré de l’été, sachez qu’il est capable de nous accompagner toute l’année. La richesse incroyable des vignobles français (et d’ailleurs), fière de ses cépages autochtones, de ses terroirs singuliers, de ses méthodes de vinification et d’élevage soignées, nous offre une large palette de vins rosés, qu’il serait bien dommage de bouder.
Ne nous cantonnons pas aux rosés d’un soir « made in » Provence. Même si cette région est leur fer de lance, bien d’autres sont capables de nous étonner.

Lutter contre la routine

Pour une rentrée comblée, il est peut-être temps de penser à stimuler notre palais !
Partons à la conquête de cépages délaissés par nos papilles, d’appellations inhabituelles à nos verres, d’accords mets et vins plus osés.
Une mauvaise expérience ne doit en aucun cas se transformer en certitude. Cela n’était peut-être pas le bon moment ou le millésime adéquat.

Se prévoir une virée

Il n’y a rien de mieux pour se motiver que de s’organiser une petite virée. Quand la carotte prend la forme d’une bouteille, les « wine lovers » en sont revigorés.
Direction un lieu de charme, pour un weekend dédié à l’œnotourisme : au Château La Coste, au Château Chasse-Spleen, au Château Autignac, à la roulotte du Bartas, à l’hôtel Le Castel Pierre, à l’Hôtel de la Villeon, à La Coopérative Riberach, dans un foudre au Château de Bonhoste, au Village Castigno (article à venir sur le blog).

La liste de nos envies « vin » de la rentrée est animée par notre bonheur de vivre, avec curiosité…

Au Château La Coste l’art et les vignes s’expriment librement

Si votre route des vacances passe non loin de la Provence, je vous conseille vivement de faire escale au Château La Coste. Et si vous hésitez encore sur votre destination de villégiature, je vous le suggère avec insistance. Parce que ce lieu exceptionnel est un incontournable !

Par où commencer quand un endroit révèle autant de richesses…

En 2002, Patrick McKillen, un riche (très riche) homme d’affaires irlandais, magnat de l’immobilier, tombe follement amoureux de la Provence et d’un domaine viticole situé dans une vallée bucolique à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence. Un conte de fées au premier abord ordinaire, qui va se révéler extraordinaire…

De par la richesse de ses vins

Ce vignoble de 120 ha, situé le plus au nord de l’AOP Coteaux d’Aix-en-Provence, à la frontière du Luberon, bénéficie d’un climat plus frais et d’une grande diversité de sols (basaltes, argiles blanches et rouges, calcaires). 

On pourrait s’attendre à déguster des vins faciles et bien « marketés ». Mais, dès les premières gorgées, on ressent le soin apporté au travail de la vigne et au respect de l’expression des terroirs.

Le sublime chai semi-sphérique, vêtu de tôles ondulées d’acier, conçu par le célèbre architecte français Jean Nouvel, aurait pu être un bâtiment d’apparat. Mais, cette cave high-tech a réussi le pari difficile d’allier prouesse architecturale et technicité. Ici, tout se fait par gravité afin de préserver l’intégrité des baies et la qualité des vins. 

Il en résulte une belle gamme de produits, allant des cuvées plaisirs, aux grands vins de garde.
Mon chouchou est le Grand Vin Rosé 2015. Un superbe vin de gastronomie, à marier avec des plats épicés (paella, couscous, tajine), complexe et élégant. Il témoigne comme personne, que les rosés peuvent aussi passer l’épreuve du temps et s’inviter sur nos tables toute l’année !

De par la richesse de ses œuvres

On pourrait penser qu’il est facile de faire de belles choses quand on a de l’argent et que l’on s’entoure des plus grands en terme d’art et d’architecture. Mais, quand on arrive au Château La Coste et que l’on se retrouve devant le Centre d’Art de Tadao Ando, un bâtiment vertigineux de verre et béton, aux lignes épurées, qui reflète la nature environnante et l’araignée mythique de Louise Bourgeois, on comprend que tout ceci est l’apanage d’un passionné.

La promenade Art & Architecture à travers les bois, collines, champs d’oliviers et vignes regorge d’œuvres hallucinantes : le Pavillon de Musique de Frank O. Gehry, la croix rouge de Jean-Michel Othoniel, le cube de Sean Scully, la cabane de Liam Gillick, la goutte argentée de Tom Shannon… Comptez minimum 2 heures pour la savourer.

Patrick McKillen est un homme discret qui met les créations en lumière. C’est juste énorme d’avoir toutes ces références dans le sud de la France !

De par la richesse de ses prestations

Pour couronner le tout, le lieu excelle dans l’art culinaire. On y trouve 3 restaurants : le restaurant de Tadao Ando au sein du Centre d’Art, La Terrasse au cœur des vieux bâtiments du domaine et le restaurant argentin Mallmann.

A flanc de coteaux, on devine un bâtiment contemporain parfaitement intégré dans le paysage. Il s’agit de la Villa La Coste, un hôtel & spa de luxe magique doté d’un restaurant gastronomique orchestré par le chef Gérald Passedat.

Il paraîtrait même qu’une école d’œnologie signée Jean Nouvel va venir compléter l’offre dans quelques mois…

Le Château La Coste est un lieu en perpétuel mouvement, qui laisse la liberté aux talents et aux créations. Ce n’est pas qu’un musée à ciel ouvert, c’est aussi un domaine viticole digne de ce nom.

Quels vins pour les résultats du bac ?

J-1 avant les résultats tant attendus du baccalauréat, le stress est à son comble pour les 753 148 candidats de cette édition 2018 et leurs familles. Sachez que, quoiqu’il arrive, je vous ai dégoté le vin parfait…

Pour les admis

C’est enfin le début de la vie étudiante, synonyme d’émancipation pour les heureux bacheliers et de nostalgie pour les parents bientôt esseulés (surtout quand il s’agit du petit dernier !).

Envie de célébrer comme il se doit ce tremplin vers de nouvelles aventures enrichissantes, une cuvée joyeuse et accessible permettra de réunir le plus grand nombre autour de votre bonne étoile.

La cuvée Stella du Mas Bres, IGP Cévennes, révèle comme personne cet assemblage original de Riesling, Pinot Gris et Vermentino. Un nez qui virevolte de fruits exotiques et de fleurs blanches. Une bouche guillerette de fraîcheur, à la trame minérale.

Pour les admis avec mention

Alors là bravo ! Vous voilà fier et choyé comme un coq en pâte, promis à un bel avenir.
Profitez pleinement de ce moment de gloire bien mérité, avant d’affronter les enjeux de la rentrée.

Un champagne fera l’affaire, pour trinquer à votre réussite et relâcher la pression.

Evidence, Champagne Gremillet, apparaît ici comme une évidence. Un blanc de blancs somptueux de délicatesse, aux douces notes de bois de senteur, encens à la vanille, agrumes, à la fois ample et frais au palais. Une cuvée qui vise l’excellence, avec modestie.

Pour le repêchage

Restez concentrés, les dés ne sont pas encore jetés ! Avant de se relancer à fond dans les révisions, vous pouvez vous octroyer un verre à ballon.

Un vin tout en douceur, qui cajolera vos papilles avec bonheur.

Un rosé d’Anjou, Domaine de la Petite Roche, à la suavité bien compensée par sa vivacité, au nez dynamique de petits fruits rouges et de rose.

Pour les recalés

Il y a des jours où l’on ne se sent pas au mieux de sa forme et où l’on regrette peut-être son manque d’assiduité. Ce n’est pas la fin du monde, vous aurez l’opportunité de vous rattraper l’année prochaine.

Il s’agit maintenant de vous retrouver face à vos responsabilités. La cuvée de votre choix, pour un nouveau départ…

Les femmes du vin au fil des lignes

Pour ce nouvel interview dédié aux femmes mettant en lumière le vignoble bordelais, je vous propose de découvrir Jane Anson, journaliste vin et écrivaine, une femme du vin au fil des lignes…

Malgré une météo capricieuse, le parfum intense des fleurs de la vigne inonde les parcelles avec délice. Cet instant unique et fragile, donne le sourire aux vigneronnes et vignerons parce qu’il laisse entrevoir les prémices des vendanges à venir.
Quand il est question d’actualité, que ce soit au sujet de la qualité d’un millésime, des prix de vente des vins en primeur ou des derniers rebondissements sur la place de Bordeaux, Jane est la première informée. Il faut dire qu’elle a de sacrées relations dans le milieu. Un vaste réseau qu’elle a construit petit à petit, à la hauteur de son talent.

Jane nous a reçu dans l’intimité de son foyer. Une belle maison de ville, rénovée avec goût, à l’abri des regards, dans une impasse bucolique. Un lieu de vie fidèle à son image, au charme discret.
Dès ses premiers mots, son accent m’évoque une actrice et chanteuse britannique francophone du même prénom… 

Jane est originaire d’Oxford. Elle a vécu plusieurs années à Londres, où elle a fait ses études de littérature, puis d’édition, au renommé University College London. Elle a commencé à écrire sur l’univers du vin au cours de ses 5 années passées à Hong Kong et au Japon, avant de plonger complètement dans le bain lors de sa venue à Bordeaux en 2003.
En tant que correspondante pour le magazine Decanter sur le vignoble bordelais, sa plume avertie a couvert, dès son arrivée, des sujets d’actualité, des portraits de personnalités. Sa soif de connaissances et son intérêt pour le vin l’ont poussée à se perfectionner en œnologie. Elle a eu le courage et la motivation de reprendre ses études afin d’obtenir le WSET et le Diplôme Universitaire d’Aptitude à la Dégustation (DUAD) à la Faculté d’œnologie de Bordeaux. Après 10 ans d’expériences dans la région, ses nouvelles compétences techniques lui ont fait porter une autre casquette, celle de critique de vin. La personne en charge d’attribuer les redoutables notes des différentes cuvées.

Jane a souhaité prendre son temps afin de connaître tous les tenants et aboutissants de la filière vin bordelaise. Puis son désir d’écrire des livres, celui qu’elle ressent depuis l’âge de 7 ans, l’a rapidement rattrapée. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages de haut vol : Angélus (Editions de la Martinière 2015), Elixirs, Premiers Crus Classés 1855 (Editions de la Martiniere 2012). Son petit dernier, Wine Revolution (Quarto Publishing 2017), sera traduit en plusieurs langues, dont le français, sous le titre Le vin naturellement. 

La WINEista. Qu’est ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?
Jane Anson. J’ai toujours voulu écrire des livres, depuis que je suis toute petite. Cela me passionne beaucoup. C’est un projet intellectuel difficile, qui prend plusieurs années. Il y a toujours un moment où l’on perd confiance en soi, où l’on se demande comment on va arriver à organiser toutes ces informations. Puis, d’un coup, tout devient d’une clarté absolue. J’adore ! J’aime écrire sur le vin parce que chaque petit élément à un impact énorme sur ce que l’on retrouve dans le verre.

La WINEista. Quels sont les temps forts de votre métier ?
J.A. Les dégustations en primeur. Surtout depuis que je note tous les vins pour Decanter. C’est une période très chargée, qui dure de mars à mi avril, où je déguste environ 700 vins. C’est fascinant, cela m’aide à comprendre le millésime.
Il y a aussi quand je rédige un livre. Pour mon dernier livre, ces 2 temps forts sont tombés en même temps. J’ai du travailler tard le soir.

La WINEista. Pensez-vous que les notes font « la pluie et le beau temps » pour les vins de Bordeaux ?
J.A. Je crois que ces notes ont un sens. Pour le dégustateur, elles permettent de comprendre un terroir, un millésime. Pour le consommateur, elles aident à repérer les bons rapports qualité prix. Mais c’est loin d’être la seule façon d’apprécier un vin. Pour moi, il est très important d’accompagner ces notes de commentaires qui aident à les replacer dans un contexte donné. 

La WINEista. Vous êtes « spécialisée » sur le bordelais, qu’est-ce que ce vignoble a de plus que les autres ?
J.A. Hum… Une chose qui est chouette à Bordeaux est que, si il y a un super millésime, tout le monde peut faire des vins fabuleux. Et si les conditions météo sont plus difficiles, ils ont aussi la possibilité d’élaborer des vins complexes, subtils. Bordeaux n’a pas besoin d’excès pour être très bon. Ici, il y a un équilibre et une fraîcheur qui me plaisent beaucoup.
J’aime aussi la capacité incroyable des vins de Bordeaux à vieillir. J’ai fait une super dégustation pour célébrer les 150 ans du Château Lafite Rothschild. On a eu des vins de 1881, 1894. C’était fou ! Ils étaient toujours délicieux !

La WINEista. Le millésime 2017 à Bordeaux n’a pas été facile (ndlr : gelée), on peut le qualifier d’hétérogène, qu’en est-il des prix en primeur ?
J.A. Le problème avec 2017 c’est cette hétérogénéité. Les prix aussi sont hétérogènes. Il y a quelques châteaux qui ont diminué leurs prix d’environ 20 %, mais il y a aussi ceux qui ne les ont quasiment pas baissés. Cela va être compliqué de s’y retrouver pour les consommateurs. D’une façon générale, les prix baissent moins que ce qu’ils augmentent lors d’un grand millésime !

La WINEista. Est-il difficile de trouver des vins d’un bon rapport qualité/prix à Bordeaux ?
J.A. Non ! Par exemple en 2014, un millésime pas très médiatique, on trouve des vins d’un très bon rapport qualité prix. Notamment dans le nord du Médoc, où il y a eu moins de pluie et où les vins sont fabuleux.
Saint-Estèphe est une appellation qui monte, les prix sont beaucoup plus abordables qu’à Pauillac ou Saint-Julien. J’ai trouvé des vins très bons vendus autour de 15 €. Tout n’est pas trop cher à Bordeaux ! Mais c’est parfois difficile pour les consommateurs de s’y retrouver entre les 65 AOC et les différents millésimes !

La WINEista. Vous avez souvent l’occasion de déguster les plus Grands Crus Classés de Bordeaux, sont-ils vraiment exceptionnels ?
J.A. Ah ! Ah ! Il y a une chose qui est exceptionnelle, c’est leur constance. Ils peuvent faire de très grands vins même dans les petits millésimes. Cela vient de leurs terroirs mais aussi de leurs moyens techniques et humains. S’il pleut pendant les vendanges, ils ont les moyens de faire venir 150 vendangeurs dès le lendemain. 

La WINEista. Cette exception justifie-t-elle leurs prix souvent exorbitants ?
J.A. Pas toujours. C’est rare qu’un vin valle la peine de dépenser 1000 € pour une bouteille. C’est impossible de justifier cet ordre de prix. Mais en même temps, ici à Bordeaux, comme en Bourgogne ou dans la Napa Valley, on déguste aussi une histoire, un patrimoine. Il y a beaucoup de choses qui entrent en compte.
Souvent, les personnes qui ont les moyens d’accéder à ces vins ne sont pas forcément celles qui sont capables de les apprécier le plus. Mais ça, c’est le monde dans lequel on vit ! 

La WINEista. Dans votre dernier livre Wine Revolution, vous mettez en avant les meilleurs vins biologiques, biodynamiques et natures dans le monde, cela veut-il dire que les autres vins méritent moins votre attention ?
J.A. Ha ! Ce que j’ai vraiment adoré avec ce livre, c’est qu’il m’a fait voyager dans les vignobles du monde ! J’ai eu le grand bonheur de déguster des vins de partout.
Je n’ai pas forcément souhaité éveiller les consciences, ni être trop didactique. J’ai eu envie d’amener les lecteurs avec moi, à la découverte des meilleurs dans ce type de vins. Pour les vins natures, j’ai pris soin de ne sélectionner que ceux de bonne qualité. Les domaines qui ont les compétences de garantir qu’une bouteille achetée sera bonne à consommer 6 mois après.
Ce livre m’a donné beaucoup de respect pour les vigneronnes et vignerons qui s’engagent dans ces démarches exigeantes, notamment en culture biodynamique. Les autres vins méritent tout autant mon attention. Mais je pense que les châteaux qui ont les moyens, comme les Grands Crus Classés, doivent tout mettre en œuvre pour respecter le vignoble.

La WINEista. Mon petit doigt m’a dit que vous étiez en train d’écrire un nouveau livre, vous pouvez nous en dire un peu plus ?
J.A. Oui, je suis en train d’écrire une encyclopédie de 200 000 mots sur les vins de Bordeaux, qui va sortir en 2019, et qui va s’appeler Inside Bordeaux. Il va vraiment être super ! Je prends soin de visiter tous les châteaux. Je suis un peu masochiste !
Je vais mettre l’accent sur les terroirs. Je pense que leur compréhension est essentielle. Si les consommateurs pouvaient mieux comprendre l’effet des terroirs, ils pourraient se passer de nous, les critiques, parce qu’ils auraient les clés pour décoder les millésimes. Par exemple, dans une année très solaire, il faut s’orienter vers un terroir qui garde la fraîcheur, comme les calcaires de Saint-Emilion ou les argiles de Saint-Estèphe.
Je ne vais pas parler que d’histoire. Je veux mettre en avant les changements, les jeunes qui s’installent. Bordeaux n’est pas un vignoble figé, il est en train de changer !

La WINEista. En France, y-a-t-il beaucoup de femmes dans le milieu du journalisme vin ?
J.A. Bon, il y a des femmes talentueuses (Jancis Robinson, Lisa Perrotti-Brown, Rebecca Gibb). Mais les critiques célèbres restent souvent des hommes. Il est tout à fait possible d’être une femme et de réussir, de mener de front sa vie de famille et sa carrière professionnelle. Pour ma part, j’essaye de bien faire mon travail. 

La WINEista. Pensez-vous que le monde du vin soit macho ?
J.A. Oui ! Cependant, je n’ai eu que des bonnes relations avec les châteaux. Peut-être parce que j’essaye de comprendre leurs enjeux, la technique. Et même dans mon métier de critique, je ne veux pas imposer mon avis, je ne veux pas être égoïste. C’est peut-être cela qui fait la différence avec certains de mes collègues masculins…

La WINEista. Quelle est la femme du vin que vous admirez le plus ?
J.A. Il y a beaucoup de femmes que j’admire. Jancis Robinson, elle est Master of Wine, elle a trois enfants, elle travaille dur et très bien.
Des vigneronnes, comme l’œnologue Anne-Françoise Quié du Château Rauzan-Gassies, elle a une approche très subtile au vin. Claire Villars Lurton du Château Ferrière, elle a une approche très ouverte de la biodynamie. J’adore déguster et échanger avec Annabelle Cruse-Bardinet, du Château Corbin. Caroline Decoster, du Château Fleur Cardinale, avec qui j’ai fait mon DUAD. Estelle Roumage, du Château Lestrille, qui a ouvert un super caveau de vente dans le centre de Bordeaux. Les femmes sont souvent plus ouvertes à des discussions franches autour du vin. Et ça, je l’apprécie beaucoup !

La WINEista. Quelle bouteille avez-vous ouverte quand vous avez mis le point final à votre dernier livre ?
J.A. Avec mon livre Wine Revolution, j’ai fait beaucoup de dégustations à la maison. Il y a 250 vins de partout dans le monde qui y sont référencés. A la fin, j’ai ouvert une bouteille de Pinot Noir de l’Oregon, la cuvée Laurène du Domaine Drouhin. C’est une femme, Véronique Drouhin-Boss, qui l’a vinifié, il porte le même prénom que ma fille et il est juste succulent !

La WINEista. Et avec quel plat ?
J.A. J’ai travaillé avec des sommeliers afin de trouver les accords mets et vins parfaits. Avec ce vin, c’était des noix de Saint Jacques à l’huile de truffe.

La WINEista. Si je vous dis « assemblage », cela vous évoque quoi ?
J.A. Bonne question ! L’idée que Bordeaux est maître dans l’art de l’assemblage depuis plusieurs siècles. Avec un assemblage, on peut avoir des éléments qui sont bons séparément et qui deviennent quelque chose d’incroyable ensemble. C’est un peu comme une équipe. Si on a des bons éléments, on travaille beaucoup mieux ensemble que tout seul !

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait rêver ?
J.A. J’adore aller au Cap Ferret, surtout en hiver, même quand il ne fait pas beau. A Bordeaux centre, j’adore l’ambiance du marché des Capucins. J’aime aussi faire le tour des ponts quand je fais mon jogging.

La WINEista. Où allez-vous dîner après une journée de rédaction derrière votre ordinateur ?
J.A. Au restaurant Au bistrot, à côté des Capucins. La carte des vins est superbe et l’ambiance est super cool.

Jane fait un travail similaire à celui des œnologues. Elle assemble les mots pour écrire une belle histoire, qui sera dégustée quelques mois après, à petites goulées…

Merci Jane pour ce moment très intéressant et fort sympathique en votre compagnie. Je pense que si tous les critiques vin faisaient preuve de votre humilité, ce métier prendrait une dimension plus humaine et l’image du vin s’en trouverait grandie.

Retrouvez les autres interviews des femmes du vin :
* Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de la cité.
* Coralie de Boüard de Laforest, gérante du Château La Fleur de Boüard et vigneronne du Château Clos de Boüard : Les femmes du vin au fil des cuves.
* Karine Vallon-Pin, responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois : Les femmes du vin au fil de l’élevage.
* Monia Aoudi, chef sommelière au restaurant Le Prince Noir à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de l’assiette.
* Latifa Barthe Saikouk, vigneronne au domaine Saïkouk / Le Mont du Puit : Les femmes du vin au fil des sarments.
* Anne Le Naour, directrice générale adjointe des propriétés bordelaises de Crédit Agricole Grands Crus : Les femmes du vin au fil des galons.

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

Les femmes du vin au fil des galons

Je suis honorée de vous présenter Anne Le Naour, directrice générale adjointe et œnologue des propriétés bordelaises de Crédit Agricole Grands Crus, une femme du vin au fil des galons…

A Saint-Estèphe, 51 ha de vignes se prélassent sur de belles croupes dominant la Gironde. Nous voilà arrivés au Château Meyney, l’une des plus anciennes propriétés du Médoc, au charme majestueux.
Nous avons rendez-vous avec Anne, que nous croisons sur le chemin parce qu’elle s’est forcément arrêtée observer les vignes, avant de nous conduire dans l’antre douillet du chai.

L’heure est à l’attinage des barriques. Un terme utilisé dans la marine, consistant à mettre en place les tins servant à accueillir les navires lors de leur mise à sec. Une opération aussi pointilleuse et périlleuse pour les bateaux que pour les fûts de chêne.
Après leur soutirage, ils sont démontés des rangs afin d’être nettoyés. Il faut ensuite les remettre en position. La première rangée est soutenue par les tins en bois non traité qui sont au sol. Elle servira de socle à toutes les autres. Un vrai travail d’équilibriste !

Anne, parisienne d’origine, n’est pas issue du milieu du vin. C’est son envie de travailler dans cette filière qui l’a éloignée de la capitale.
Depuis toute petite, elle a été sensibilisée aux arts de la table et à l’exception des terroirs français par ses parents, qui exerçaient des métiers de bouche.
Cette éducation épicurienne l’a tout naturellement menée vers une école d’ingénieur agronome, où elle s’est rapidement rendu compte qu’elle était tout particulièrement intéressée par deux univers relativement proches : le vin et le fromage. Deux produits agricoles transformés, qui portent une part de la culture et de l’art de vivre à la française. Dès son premier stage dans le monde du vin, elle a été piquée par le virus. Elle continuera à manger du fromage, mais elle deviendra œnologue !

Après un petit tour de France des régions viticoles, elle a porté son dévolu sur le vignoble bordelais, peut-être parce que la ville de Bordeaux a séduit son âme de citadine !
N’étant pas originaire du cru, son intronisation n’a pas été du tout cuit. Mais, forte de ses compétences et de sa ténacité, elle a rapidement gravi les échelons. Une expérience chez le négociant Ginestet, une autre « à la bonne école » chez Bernard Magrez pendant 7 ans, pour arriver fin 2009 à la direction technique du groupe Crédit Agricole Grands Crus qui possède 5 propriétés de prestige sur le vignoble bordelais (Château la Tour de Mons en Margaux Cru Bourgeois, Château Grand-Puy Ducasse en Pauillac, Château Meyney en Saint-Estèphe, Château Blaignan en Médoc Cru Bourgeois, Clos Saint-Vincent en Saint-Emilion).

Anne, les cheveux châtains foncés au carré et au port altier, a un air de Jackie Kennedy, avec un regard un peu plus dur, qui montre la détermination et la volonté dont elle a du faire preuve pour arriver là où elle est…

La WINEista. Quelles sont les missions d’une directrice générale adjointe chez CA Grands Crus ?
Anne Le Naour. C’est de proposer et de valider l’ensemble des décisions qui ont trait à la partie technique ; de la plantation, à la mise en bouteille. Ce qui occupe 80% de mon temps. Je suis également impliquée dans la gestion, l’administration, la représentation, la distribution des vins. 

La WINEista. Qu’est ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?
A.L.N. Comment dire… Le côté extrêmement pluridisciplinaire de ce métier. Il faut beaucoup de rigueur, mais aussi de la créativité. Il faut embarquer les équipes, les convaincre. Je suis plus dans un management de conviction. J’aime bien que l’on soit sur la même longueur d’onde et que l’on partage les résultats ensemble.
Et puis surtout, on cultive une plante pérenne, ce sont les générations suivantes qui en récolteront les fruits. 

La WINEista. Quels sont les temps forts de votre métier ?
A.L.N. Incontestablement les vendanges et les vinifications ! On y est 7 jours sur 7. Cela demande une forte implication. C’est là que l’on concrétise le travail de l’ensemble des équipes de toute une année. Mais on peut y vivre tous les jours des temps forts. Il n’y a pas de routine dans ce métier ! On sort de chaque millésime un peu transformé parce que l’on s’enrichit d’une nouvelle expérience.

La WINEista. Cela n’est-il pas difficile d’être sur plusieurs lieux à la fois (ndlr : sur les 5 propriétés de CA Grands Crus) ?
A.L.N. Non moi j’adore ! Alors parfois, il peut y avoir la frustration de ne pas être là à certains moments parce qu’on est ailleurs. Mais j’ai le retour des équipes, qui est très important. Au contraire, je dirais que c’est un enrichissement et une prise de hauteur. Quand il se produit quelque chose sur une propriété, on en tire des leçons pour les autres sites. C’est vraiment passionnant !

La WINEista. Parmi les propriétés de CA Grands Crus, avez-vous un chouchou ?
A.L.N. Hum… C’est difficile de répondre à cette question… En terme d’unité, je pourrais dire que j’ai un petit coup de cœur pour Meyney. C’est l’ainé, il est né en 1662. Il y a une histoire fabuleuse, que l’on peut déguster au travers des différents millésimes.
Mais j’ai de l’affection pour l’ensemble de nos propriétés. Elles ont toutes de la singularité, un terroir différent que l’on essaie d’exprimer au mieux.

La WINEista. A l’heure où les consommateurs sont à la recherche d’identité quand ils choisissent une bouteille, cela n’est-il pas préjudiciable d’être un Château appartenant à une banque ?
A.L.N. C’est peut-être moins sexy… Mais je ne pense pas que cela soit préjudiciable parce que les propriétés sont incarnées par les Hommes qui y travaillent ; les maîtres de chai, les responsables d’exploitation, moi-même. Vous avez discuté avec certains d’entre eux, vous avez ressenti le fort sentiment d’appartenance de ces personnes. Je pense que notre force c’est notre équipe.

La WINEista. Dans le bordelais, y a-t-il beaucoup de femmes à des postes de direction ?
A.L.N. Il n’y en a pas beaucoup. J’espère qu’il y en aura plus demain. On est encore nettement sous représentées. Il n’y a cependant plus le sentiment qu’il est impensable de présenter une candidature féminine à un poste de direction.

La WINEista. Pensez-vous que le monde du vin soit macho ?
A.L.N. Euh… Pas plus que les autres… Mais probablement pas beaucoup moins non plus ! J’ai sans doute dû fournir plus d’efforts parce que je suis une femme.

La WINEista. Et dans les équipes techniques des propriétés de CA Grands Crus, est-on à la parité ?
A.L.N. Au Château la Tour de Mons c’est une maître de chai, à Grand-Puy Ducasse aussi, la responsable vigne et chai du Clos Saint-Vincent est également une femme. On est presque pas loin de la parité, ce qui n’est pas très courant. On n’a pas encore de femme chef de culture.
Je suis évidemment pour que les femmes puissent prendre des positions qui soient en phase avec leurs niveaux de compétences. Je ne suis pas pour embaucher des femmes parce qu’elles sont des femmes. Bien qu’on aura vraiment l’égalité hommes femmes quand on acceptera d’avoir des femmes incompétentes à des postes importants !

La WINEista. Quelle est la femme du vin que vous admirez le plus ?
A.L.N. J’ai eu la chance de rencontrer Dominique Hériard Dubreuil (ndlr : fille d’André Hériard Dubreuil, ex président directeur général de Rémy Martin) lors d’une conférence sur les femmes du vin. Malgré ses origines, elle n’était pas prédestinée à reprendre la direction de l’entreprise familiale. Elle est partie aux États-Unis construire sa propre histoire avant de revenir dans sa Charente natale et de réussir à s’imposer face à ses frères à qui la place était promise…
J’ai rencontré pour la première fois Isabelle Davin, œnologue des Châteaux Léoville Poyferré et Le Crock, lors de mon stage d’ingénieur. C’était la première femme de ma génération que je croisais et qui occupait un poste à fortes responsabilités à Bordeaux. Je l’ai trouvée à la fois très professionnelle, accessible et très humble. Sa rencontre a ranimé en moi l’espoir qu’une femme, non fille de propriétaire, puisse occuper un poste intéressant sur la partie technique.
Et puis ma mère, elle est mon mentor depuis mon plus jeune âge. Elle est devenue vigneronne en Luberon (Domaine des Peyre) il y a moins de dix ans. Une reconversion qui me rend encore plus fière d’elle !

La WINEista. Quelle bouteille ouvrez-vous après une réunion avec les actionnaires de CA Grands Crus ?
A.L.N. C’est très variable. Cela dépend du moment. J’aime bien sortir de Bordeaux. Il faut toujours avoir un niveau de curiosité élevé.
Quoique, ma dernière grande émotion a été avec un Château Les Carmes Haut-Brion 1910, que j’ai eu la chance de goûter à la propriété. Au delà du fait que j’ai été surprise par l’aspect jeune du vin, c’est toujours un grand moment de déguster des vieux millésimes. On boit une part d’histoire !

La WINEista. Si je vous dis « épargner », cela vous évoque quoi ?
A.L.N. C’est marrant, j’ai passé une très bonne journée professionnelle hier et je me suis dit en rentrant : si seulement on pouvait épargner des choses qui se passent bien pour les réutiliser les jours où on est moins bien. Cela m’évoque plus une épargne d’énergie que financière. Mais peut-être que mon actionnaire n’aimerait pas entendre ça !

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait rêver ?
A.L.N. C’est difficile de citer tous les lieux qui me font rêver. J’aime bien les volumes et la lumière que l’on retrouve dans l’ancien Entrepôt Lainé qui accueille aujourd’hui le CAPC (ndlr : le musée d’art contemporain). J’aime aussi le Miroir d’Eau. Il y a plein de belles choses à Bordeaux !

La WINEista. Où allez-vous dîner quand vous avez besoin de vous relaxer ?
A.L.N. J’ai récemment découvert une super adresse, le Hâ restaurant. C’est une très très bonne table, le chef est sympa, le service est impeccable. J’ai pris le menu avec les accords mets et vins, la qualité des vins est très intéressante !

Anne, en tant que femme et travaillant dans la filière vin, je ne peux qu’être fière de votre parcours. Merci de porter haut et fort les couleurs des femmes et des vins !

A très vite pour vibrer avec une nouvelle femme du vin…

Retrouvez les autres interviews :
* Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de la cité.
* Coralie de Boüard de Laforest, gérante du Château La Fleur de Boüard et vigneronne du Château Clos de Boüard : Les femmes du vin au fil des cuves.
* Karine Vallon-Pin, Responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois : Les femmes du vin au fil de l’élevage.
* Monia Aoudi, chef sommelière au restaurant Le Prince Noir à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de l’assiette.
* Latifa Barthe Saikouk, vigneronne au domaine Saïkouk / Le Mont du Puit : Les femmes du vin au fil des sarments.

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

Vins de Croatie, mes 4 chouchous de Dalmatie

Vous vous imaginez bien qu’il n’a pas été facile de sélectionner mes 4 vins chouchous de ce wine tour en Dalmatie. J’ai dégusté bon nombre de jolies cuvées, fidèles à leurs terroirs et à leurs cépages autochtones, mais 4 d’entre elles resteront à jamais gravées dans ma mémoire olfactive et dans mes papilles…

Grk 2017, Domaine Bire, terroir de Lumbarda, île de Korcula

Une farandole d’arômes virevolte gaiement sur des notes d’eucalyptus, résine de pin, fleurs blanches, épices jaunes. Une bouche d’une complexité renversante, qui s’emballe sur une superbe finale fraîche, citronnée, qui fait saliver.

N’en déplaise aux ancêtres croates qui l’avaient nommé ainsi en référence à son amertume, les sols sablonneux de Lumbarda, favorables à une maturité optimale, ont réussi à gommer son caractère végétal !

Un vin blanc qui réveille les sens…
Avec une polenta à l’encre de seiches.

Posip 2017, Domaine Skaramuca, terroir de Cara, île de Korcula

Le roi des cépages de Korcula sent bon les agrumes, le melon jaune, l’encens, la pierre à fusil. Sa bouche raconte une belle histoire, qui démarre tout en douceur avec une jolie matière, ricoche de vivacité, puis s’éternise sur des effluves minérales.

Un vin blanc qui laisse rêveur…
Avec un pavé d’espadon sur sa purée de blettes et pommes de terre à l’huile d’olive, aussi bon que celui servi à la Taverna Riva sur le port du village de Bol.

Babic 2013, Domaine Leo Gracin, terroir de Primosten, Dalmatie du Nord

Un nez surprenant parce qu’il ne ressemble à nul autre ! Un peu comme son vignoble de Primosten. Un mélange puissant de fruits noirs (mûres, cassis), figues sèches, tabac. Des tanins charnus qui soutiennent une matière de dingue ! 

Un vin rouge atypique…

Avec une peka de viandes. Un assortiment de viandes cuites pendant 3 heures dans une cloche en fonte recouverte de braise.

Dingac 2015, Domaine Skaramuca, terroir de Dingac, presqu’île de Peljesac

Sur ce terroir exceptionnel, le Plavac Mali respire les fruits noirs confiturés (pruneau, myrtille), le kirsch, les senteurs de garrigue (thym, laurier). Il est profond, puissant, charpenté, d’une longueur affolante sur des notes réglissées.

Un vin rouge unique qui se suffit à lui-même !

Ces sensations et la beauté de ces paysages resteront longtemps dans ma mémoire…

Retrouvez plus de détails sur ces domaines et sur mon wine trip dans les 2 billets :
Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #1.
Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #2.