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Au Château La Coste l’art et les vignes s’expriment librement

Si votre route des vacances passe non loin de la Provence, je vous conseille vivement de faire escale au Château La Coste. Et si vous hésitez encore sur votre destination de villégiature, je vous le suggère avec insistance. Parce que ce lieu exceptionnel est un incontournable !

Par où commencer quand un endroit révèle autant de richesses…

En 2002, Patrick McKillen, un riche (très riche) homme d’affaires irlandais, magnat de l’immobilier, tombe follement amoureux de la Provence et d’un domaine viticole situé dans une vallée bucolique à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence. Un conte de fées au premier abord ordinaire, qui va se révéler extraordinaire…

De par la richesse de ses vins

Ce vignoble de 120 ha, situé le plus au nord de l’AOP Coteaux d’Aix-en-Provence, à la frontière du Luberon, bénéficie d’un climat plus frais et d’une grande diversité de sols (basaltes, argiles blanches et rouges, calcaires). 

On pourrait s’attendre à déguster des vins faciles et bien « marketés ». Mais, dès les premières gorgées, on ressent le soin apporté au travail de la vigne et au respect de l’expression des terroirs.

Le sublime chai semi-sphérique, vêtu de tôles ondulées d’acier, conçu par le célèbre architecte français Jean Nouvel, aurait pu être un bâtiment d’apparat. Mais, cette cave high-tech a réussi le pari difficile d’allier prouesse architecturale et technicité. Ici, tout se fait par gravité afin de préserver l’intégrité des baies et la qualité des vins. 

Il en résulte une belle gamme de produits, allant des cuvées plaisirs, aux grands vins de garde.
Mon chouchou est le Grand Vin Rosé 2015. Un superbe vin de gastronomie, à marier avec des plats épicés (paella, couscous, tajine), complexe et élégant. Il témoigne comme personne, que les rosés peuvent aussi passer l’épreuve du temps et s’inviter sur nos tables toute l’année !

De par la richesse de ses œuvres

On pourrait penser qu’il est facile de faire de belles choses quand on a de l’argent et que l’on s’entoure des plus grands en terme d’art et d’architecture. Mais, quand on arrive au Château La Coste et que l’on se retrouve devant le Centre d’Art de Tadao Ando, un bâtiment vertigineux de verre et béton, aux lignes épurées, qui reflète la nature environnante et l’araignée mythique de Louise Bourgeois, on comprend que tout ceci est l’apanage d’un passionné.

La promenade Art & Architecture à travers les bois, collines, champs d’oliviers et vignes regorge d’œuvres hallucinantes : le Pavillon de Musique de Frank O. Gehry, la croix rouge de Jean-Michel Othoniel, le cube de Sean Scully, la cabane de Liam Gillick, la goutte argentée de Tom Shannon… Comptez minimum 2 heures pour la savourer.

Patrick McKillen est un homme discret qui met les créations en lumière. C’est juste énorme d’avoir toutes ces références dans le sud de la France !

De par la richesse de ses prestations

Pour couronner le tout, le lieu excelle dans l’art culinaire. On y trouve 3 restaurants : le restaurant de Tadao Ando au sein du Centre d’Art, La Terrasse au cœur des vieux bâtiments du domaine et le restaurant argentin Mallmann.

A flanc de coteaux, on devine un bâtiment contemporain parfaitement intégré dans le paysage. Il s’agit de la Villa La Coste, un hôtel & spa de luxe magique doté d’un restaurant gastronomique orchestré par le chef Gérald Passedat.

Il paraîtrait même qu’une école d’œnologie signée Jean Nouvel va venir compléter l’offre dans quelques mois…

Le Château La Coste est un lieu en perpétuel mouvement, qui laisse la liberté aux talents et aux créations. Ce n’est pas qu’un musée à ciel ouvert, c’est aussi un domaine viticole digne de ce nom.

Quels vins pour les résultats du bac ?

J-1 avant les résultats tant attendus du baccalauréat, le stress est à son comble pour les 753 148 candidats de cette édition 2018 et leurs familles. Sachez que, quoiqu’il arrive, je vous ai dégoté le vin parfait…

Pour les admis

C’est enfin le début de la vie étudiante, synonyme d’émancipation pour les heureux bacheliers et de nostalgie pour les parents bientôt esseulés (surtout quand il s’agit du petit dernier !).

Envie de célébrer comme il se doit ce tremplin vers de nouvelles aventures enrichissantes, une cuvée joyeuse et accessible permettra de réunir le plus grand nombre autour de votre bonne étoile.

La cuvée Stella du Mas Bres, IGP Cévennes, révèle comme personne cet assemblage original de Riesling, Pinot Gris et Vermentino. Un nez qui virevolte de fruits exotiques et de fleurs blanches. Une bouche guillerette de fraîcheur, à la trame minérale.

Pour les admis avec mention

Alors là bravo ! Vous voilà fier et choyé comme un coq en pâte, promis à un bel avenir.
Profitez pleinement de ce moment de gloire bien mérité, avant d’affronter les enjeux de la rentrée.

Un champagne fera l’affaire, pour trinquer à votre réussite et relâcher la pression.

Evidence, Champagne Gremillet, apparaît ici comme une évidence. Un blanc de blancs somptueux de délicatesse, aux douces notes de bois de senteur, encens à la vanille, agrumes, à la fois ample et frais au palais. Une cuvée qui vise l’excellence, avec modestie.

Pour le repêchage

Restez concentrés, les dés ne sont pas encore jetés ! Avant de se relancer à fond dans les révisions, vous pouvez vous octroyer un verre à ballon.

Un vin tout en douceur, qui cajolera vos papilles avec bonheur.

Un rosé d’Anjou, Domaine de la Petite Roche, à la suavité bien compensée par sa vivacité, au nez dynamique de petits fruits rouges et de rose.

Pour les recalés

Il y a des jours où l’on ne se sent pas au mieux de sa forme et où l’on regrette peut-être son manque d’assiduité. Ce n’est pas la fin du monde, vous aurez l’opportunité de vous rattraper l’année prochaine.

Il s’agit maintenant de vous retrouver face à vos responsabilités. La cuvée de votre choix, pour un nouveau départ…

Les femmes du vin au fil des lignes

Pour ce nouvel interview dédié aux femmes mettant en lumière le vignoble bordelais, je vous propose de découvrir Jane Anson, journaliste vin et écrivaine, une femme du vin au fil des lignes…

Malgré une météo capricieuse, le parfum intense des fleurs de la vigne inonde les parcelles avec délice. Cet instant unique et fragile, donne le sourire aux vigneronnes et vignerons parce qu’il laisse entrevoir les prémices des vendanges à venir.
Quand il est question d’actualité, que ce soit au sujet de la qualité d’un millésime, des prix de vente des vins en primeur ou des derniers rebondissements sur la place de Bordeaux, Jane est la première informée. Il faut dire qu’elle a de sacrées relations dans le milieu. Un vaste réseau qu’elle a construit petit à petit, à la hauteur de son talent.

Jane nous a reçu dans l’intimité de son foyer. Une belle maison de ville, rénovée avec goût, à l’abri des regards, dans une impasse bucolique. Un lieu de vie fidèle à son image, au charme discret.
Dès ses premiers mots, son accent m’évoque une actrice et chanteuse britannique francophone du même prénom… 

Jane est originaire d’Oxford. Elle a vécu plusieurs années à Londres, où elle a fait ses études de littérature, puis d’édition, au renommé University College London. Elle a commencé à écrire sur l’univers du vin au cours de ses 5 années passées à Hong Kong et au Japon, avant de plonger complètement dans le bain lors de sa venue à Bordeaux en 2003.
En tant que correspondante pour le magazine Decanter sur le vignoble bordelais, sa plume avertie a couvert, dès son arrivée, des sujets d’actualité, des portraits de personnalités. Sa soif de connaissances et son intérêt pour le vin l’ont poussée à se perfectionner en œnologie. Elle a eu le courage et la motivation de reprendre ses études afin d’obtenir le WSET et le Diplôme Universitaire d’Aptitude à la Dégustation (DUAD) à la Faculté d’œnologie de Bordeaux. Après 10 ans d’expériences dans la région, ses nouvelles compétences techniques lui ont fait porter une autre casquette, celle de critique de vin. La personne en charge d’attribuer les redoutables notes des différentes cuvées.

Jane a souhaité prendre son temps afin de connaître tous les tenants et aboutissants de la filière vin bordelaise. Puis son désir d’écrire des livres, celui qu’elle ressent depuis l’âge de 7 ans, l’a rapidement rattrapée. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages de haut vol : Angélus (Editions de la Martinière 2015), Elixirs, Premiers Crus Classés 1855 (Editions de la Martiniere 2012). Son petit dernier, Wine Revolution (Quarto Publishing 2017), sera traduit en plusieurs langues, dont le français, sous le titre Le vin naturellement. 

La WINEista. Qu’est ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?
Jane Anson. J’ai toujours voulu écrire des livres, depuis que je suis toute petite. Cela me passionne beaucoup. C’est un projet intellectuel difficile, qui prend plusieurs années. Il y a toujours un moment où l’on perd confiance en soi, où l’on se demande comment on va arriver à organiser toutes ces informations. Puis, d’un coup, tout devient d’une clarté absolue. J’adore ! J’aime écrire sur le vin parce que chaque petit élément à un impact énorme sur ce que l’on retrouve dans le verre.

La WINEista. Quels sont les temps forts de votre métier ?
J.A. Les dégustations en primeur. Surtout depuis que je note tous les vins pour Decanter. C’est une période très chargée, qui dure de mars à mi avril, où je déguste environ 700 vins. C’est fascinant, cela m’aide à comprendre le millésime.
Il y a aussi quand je rédige un livre. Pour mon dernier livre, ces 2 temps forts sont tombés en même temps. J’ai du travailler tard le soir.

La WINEista. Pensez-vous que les notes font « la pluie et le beau temps » pour les vins de Bordeaux ?
J.A. Je crois que ces notes ont un sens. Pour le dégustateur, elles permettent de comprendre un terroir, un millésime. Pour le consommateur, elles aident à repérer les bons rapports qualité prix. Mais c’est loin d’être la seule façon d’apprécier un vin. Pour moi, il est très important d’accompagner ces notes de commentaires qui aident à les replacer dans un contexte donné. 

La WINEista. Vous êtes « spécialisée » sur le bordelais, qu’est-ce que ce vignoble a de plus que les autres ?
J.A. Hum… Une chose qui est chouette à Bordeaux est que, si il y a un super millésime, tout le monde peut faire des vins fabuleux. Et si les conditions météo sont plus difficiles, ils ont aussi la possibilité d’élaborer des vins complexes, subtils. Bordeaux n’a pas besoin d’excès pour être très bon. Ici, il y a un équilibre et une fraîcheur qui me plaisent beaucoup.
J’aime aussi la capacité incroyable des vins de Bordeaux à vieillir. J’ai fait une super dégustation pour célébrer les 150 ans du Château Lafite Rothschild. On a eu des vins de 1881, 1894. C’était fou ! Ils étaient toujours délicieux !

La WINEista. Le millésime 2017 à Bordeaux n’a pas été facile (ndlr : gelée), on peut le qualifier d’hétérogène, qu’en est-il des prix en primeur ?
J.A. Le problème avec 2017 c’est cette hétérogénéité. Les prix aussi sont hétérogènes. Il y a quelques châteaux qui ont diminué leurs prix d’environ 20 %, mais il y a aussi ceux qui ne les ont quasiment pas baissés. Cela va être compliqué de s’y retrouver pour les consommateurs. D’une façon générale, les prix baissent moins que ce qu’ils augmentent lors d’un grand millésime !

La WINEista. Est-il difficile de trouver des vins d’un bon rapport qualité/prix à Bordeaux ?
J.A. Non ! Par exemple en 2014, un millésime pas très médiatique, on trouve des vins d’un très bon rapport qualité prix. Notamment dans le nord du Médoc, où il y a eu moins de pluie et où les vins sont fabuleux.
Saint-Estèphe est une appellation qui monte, les prix sont beaucoup plus abordables qu’à Pauillac ou Saint-Julien. J’ai trouvé des vins très bons vendus autour de 15 €. Tout n’est pas trop cher à Bordeaux ! Mais c’est parfois difficile pour les consommateurs de s’y retrouver entre les 65 AOC et les différents millésimes !

La WINEista. Vous avez souvent l’occasion de déguster les plus Grands Crus Classés de Bordeaux, sont-ils vraiment exceptionnels ?
J.A. Ah ! Ah ! Il y a une chose qui est exceptionnelle, c’est leur constance. Ils peuvent faire de très grands vins même dans les petits millésimes. Cela vient de leurs terroirs mais aussi de leurs moyens techniques et humains. S’il pleut pendant les vendanges, ils ont les moyens de faire venir 150 vendangeurs dès le lendemain. 

La WINEista. Cette exception justifie-t-elle leurs prix souvent exorbitants ?
J.A. Pas toujours. C’est rare qu’un vin valle la peine de dépenser 1000 € pour une bouteille. C’est impossible de justifier cet ordre de prix. Mais en même temps, ici à Bordeaux, comme en Bourgogne ou dans la Napa Valley, on déguste aussi une histoire, un patrimoine. Il y a beaucoup de choses qui entrent en compte.
Souvent, les personnes qui ont les moyens d’accéder à ces vins ne sont pas forcément celles qui sont capables de les apprécier le plus. Mais ça, c’est le monde dans lequel on vit ! 

La WINEista. Dans votre dernier livre Wine Revolution, vous mettez en avant les meilleurs vins biologiques, biodynamiques et natures dans le monde, cela veut-il dire que les autres vins méritent moins votre attention ?
J.A. Ha ! Ce que j’ai vraiment adoré avec ce livre, c’est qu’il m’a fait voyager dans les vignobles du monde ! J’ai eu le grand bonheur de déguster des vins de partout.
Je n’ai pas forcément souhaité éveiller les consciences, ni être trop didactique. J’ai eu envie d’amener les lecteurs avec moi, à la découverte des meilleurs dans ce type de vins. Pour les vins natures, j’ai pris soin de ne sélectionner que ceux de bonne qualité. Les domaines qui ont les compétences de garantir qu’une bouteille achetée sera bonne à consommer 6 mois après.
Ce livre m’a donné beaucoup de respect pour les vigneronnes et vignerons qui s’engagent dans ces démarches exigeantes, notamment en culture biodynamique. Les autres vins méritent tout autant mon attention. Mais je pense que les châteaux qui ont les moyens, comme les Grands Crus Classés, doivent tout mettre en œuvre pour respecter le vignoble.

La WINEista. Mon petit doigt m’a dit que vous étiez en train d’écrire un nouveau livre, vous pouvez nous en dire un peu plus ?
J.A. Oui, je suis en train d’écrire une encyclopédie de 200 000 mots sur les vins de Bordeaux, qui va sortir en 2019, et qui va s’appeler Inside Bordeaux. Il va vraiment être super ! Je prends soin de visiter tous les châteaux. Je suis un peu masochiste !
Je vais mettre l’accent sur les terroirs. Je pense que leur compréhension est essentielle. Si les consommateurs pouvaient mieux comprendre l’effet des terroirs, ils pourraient se passer de nous, les critiques, parce qu’ils auraient les clés pour décoder les millésimes. Par exemple, dans une année très solaire, il faut s’orienter vers un terroir qui garde la fraîcheur, comme les calcaires de Saint-Emilion ou les argiles de Saint-Estèphe.
Je ne vais pas parler que d’histoire. Je veux mettre en avant les changements, les jeunes qui s’installent. Bordeaux n’est pas un vignoble figé, il est en train de changer !

La WINEista. En France, y-a-t-il beaucoup de femmes dans le milieu du journalisme vin ?
J.A. Bon, il y a des femmes talentueuses (Jancis Robinson, Lisa Perrotti-Brown, Rebecca Gibb). Mais les critiques célèbres restent souvent des hommes. Il est tout à fait possible d’être une femme et de réussir, de mener de front sa vie de famille et sa carrière professionnelle. Pour ma part, j’essaye de bien faire mon travail. 

La WINEista. Pensez-vous que le monde du vin soit macho ?
J.A. Oui ! Cependant, je n’ai eu que des bonnes relations avec les châteaux. Peut-être parce que j’essaye de comprendre leurs enjeux, la technique. Et même dans mon métier de critique, je ne veux pas imposer mon avis, je ne veux pas être égoïste. C’est peut-être cela qui fait la différence avec certains de mes collègues masculins…

La WINEista. Quelle est la femme du vin que vous admirez le plus ?
J.A. Il y a beaucoup de femmes que j’admire. Jancis Robinson, elle est Master of Wine, elle a trois enfants, elle travaille dur et très bien.
Des vigneronnes, comme l’œnologue Anne-Françoise Quié du Château Rauzan-Gassies, elle a une approche très subtile au vin. Claire Villars Lurton du Château Ferrière, elle a une approche très ouverte de la biodynamie. J’adore déguster et échanger avec Annabelle Cruse-Bardinet, du Château Corbin. Caroline Decoster, du Château Fleur Cardinale, avec qui j’ai fait mon DUAD. Estelle Roumage, du Château Lestrille, qui a ouvert un super caveau de vente dans le centre de Bordeaux. Les femmes sont souvent plus ouvertes à des discussions franches autour du vin. Et ça, je l’apprécie beaucoup !

La WINEista. Quelle bouteille avez-vous ouverte quand vous avez mis le point final à votre dernier livre ?
J.A. Avec mon livre Wine Revolution, j’ai fait beaucoup de dégustations à la maison. Il y a 250 vins de partout dans le monde qui y sont référencés. A la fin, j’ai ouvert une bouteille de Pinot Noir de l’Oregon, la cuvée Laurène du Domaine Drouhin. C’est une femme, Véronique Drouhin-Boss, qui l’a vinifié, il porte le même prénom que ma fille et il est juste succulent !

La WINEista. Et avec quel plat ?
J.A. J’ai travaillé avec des sommeliers afin de trouver les accords mets et vins parfaits. Avec ce vin, c’était des noix de Saint Jacques à l’huile de truffe.

La WINEista. Si je vous dis « assemblage », cela vous évoque quoi ?
J.A. Bonne question ! L’idée que Bordeaux est maître dans l’art de l’assemblage depuis plusieurs siècles. Avec un assemblage, on peut avoir des éléments qui sont bons séparément et qui deviennent quelque chose d’incroyable ensemble. C’est un peu comme une équipe. Si on a des bons éléments, on travaille beaucoup mieux ensemble que tout seul !

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait rêver ?
J.A. J’adore aller au Cap Ferret, surtout en hiver, même quand il ne fait pas beau. A Bordeaux centre, j’adore l’ambiance du marché des Capucins. J’aime aussi faire le tour des ponts quand je fais mon jogging.

La WINEista. Où allez-vous dîner après une journée de rédaction derrière votre ordinateur ?
J.A. Au restaurant Au bistrot, à côté des Capucins. La carte des vins est superbe et l’ambiance est super cool.

Jane fait un travail similaire à celui des œnologues. Elle assemble les mots pour écrire une belle histoire, qui sera dégustée quelques mois après, à petites goulées…

Merci Jane pour ce moment très intéressant et fort sympathique en votre compagnie. Je pense que si tous les critiques vin faisaient preuve de votre humilité, ce métier prendrait une dimension plus humaine et l’image du vin s’en trouverait grandie.

Retrouvez les autres interviews des femmes du vin :
* Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de la cité.
* Coralie de Boüard de Laforest, gérante du Château La Fleur de Boüard et vigneronne du Château Clos de Boüard : Les femmes du vin au fil des cuves.
* Karine Vallon-Pin, responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois : Les femmes du vin au fil de l’élevage.
* Monia Aoudi, chef sommelière au restaurant Le Prince Noir à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de l’assiette.
* Latifa Barthe Saikouk, vigneronne au domaine Saïkouk / Le Mont du Puit : Les femmes du vin au fil des sarments.
* Anne Le Naour, directrice générale adjointe des propriétés bordelaises de Crédit Agricole Grands Crus : Les femmes du vin au fil des galons.

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

Les femmes du vin au fil des galons

Je suis honorée de vous présenter Anne Le Naour, directrice générale adjointe et œnologue des propriétés bordelaises de Crédit Agricole Grands Crus, une femme du vin au fil des galons…

A Saint-Estèphe, 51 ha de vignes se prélassent sur de belles croupes dominant la Gironde. Nous voilà arrivés au Château Meyney, l’une des plus anciennes propriétés du Médoc, au charme majestueux.
Nous avons rendez-vous avec Anne, que nous croisons sur le chemin parce qu’elle s’est forcément arrêtée observer les vignes, avant de nous conduire dans l’antre douillet du chai.

L’heure est à l’attinage des barriques. Un terme utilisé dans la marine, consistant à mettre en place les tins servant à accueillir les navires lors de leur mise à sec. Une opération aussi pointilleuse et périlleuse pour les bateaux que pour les fûts de chêne.
Après leur soutirage, ils sont démontés des rangs afin d’être nettoyés. Il faut ensuite les remettre en position. La première rangée est soutenue par les tins en bois non traité qui sont au sol. Elle servira de socle à toutes les autres. Un vrai travail d’équilibriste !

Anne, parisienne d’origine, n’est pas issue du milieu du vin. C’est son envie de travailler dans cette filière qui l’a éloignée de la capitale.
Depuis toute petite, elle a été sensibilisée aux arts de la table et à l’exception des terroirs français par ses parents, qui exerçaient des métiers de bouche.
Cette éducation épicurienne l’a tout naturellement menée vers une école d’ingénieur agronome, où elle s’est rapidement rendu compte qu’elle était tout particulièrement intéressée par deux univers relativement proches : le vin et le fromage. Deux produits agricoles transformés, qui portent une part de la culture et de l’art de vivre à la française. Dès son premier stage dans le monde du vin, elle a été piquée par le virus. Elle continuera à manger du fromage, mais elle deviendra œnologue !

Après un petit tour de France des régions viticoles, elle a porté son dévolu sur le vignoble bordelais, peut-être parce que la ville de Bordeaux a séduit son âme de citadine !
N’étant pas originaire du cru, son intronisation n’a pas été du tout cuit. Mais, forte de ses compétences et de sa ténacité, elle a rapidement gravi les échelons. Une expérience chez le négociant Ginestet, une autre « à la bonne école » chez Bernard Magrez pendant 7 ans, pour arriver fin 2009 à la direction technique du groupe Crédit Agricole Grands Crus qui possède 5 propriétés de prestige sur le vignoble bordelais (Château la Tour de Mons en Margaux Cru Bourgeois, Château Grand-Puy Ducasse en Pauillac, Château Meyney en Saint-Estèphe, Château Blaignan en Médoc Cru Bourgeois, Clos Saint-Vincent en Saint-Emilion).

Anne, les cheveux châtains foncés au carré et au port altier, a un air de Jackie Kennedy, avec un regard un peu plus dur, qui montre la détermination et la volonté dont elle a du faire preuve pour arriver là où elle est…

La WINEista. Quelles sont les missions d’une directrice générale adjointe chez CA Grands Crus ?
Anne Le Naour. C’est de proposer et de valider l’ensemble des décisions qui ont trait à la partie technique ; de la plantation, à la mise en bouteille. Ce qui occupe 80% de mon temps. Je suis également impliquée dans la gestion, l’administration, la représentation, la distribution des vins. 

La WINEista. Qu’est ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?
A.L.N. Comment dire… Le côté extrêmement pluridisciplinaire de ce métier. Il faut beaucoup de rigueur, mais aussi de la créativité. Il faut embarquer les équipes, les convaincre. Je suis plus dans un management de conviction. J’aime bien que l’on soit sur la même longueur d’onde et que l’on partage les résultats ensemble.
Et puis surtout, on cultive une plante pérenne, ce sont les générations suivantes qui en récolteront les fruits. 

La WINEista. Quels sont les temps forts de votre métier ?
A.L.N. Incontestablement les vendanges et les vinifications ! On y est 7 jours sur 7. Cela demande une forte implication. C’est là que l’on concrétise le travail de l’ensemble des équipes de toute une année. Mais on peut y vivre tous les jours des temps forts. Il n’y a pas de routine dans ce métier ! On sort de chaque millésime un peu transformé parce que l’on s’enrichit d’une nouvelle expérience.

La WINEista. Cela n’est-il pas difficile d’être sur plusieurs lieux à la fois (ndlr : sur les 5 propriétés de CA Grands Crus) ?
A.L.N. Non moi j’adore ! Alors parfois, il peut y avoir la frustration de ne pas être là à certains moments parce qu’on est ailleurs. Mais j’ai le retour des équipes, qui est très important. Au contraire, je dirais que c’est un enrichissement et une prise de hauteur. Quand il se produit quelque chose sur une propriété, on en tire des leçons pour les autres sites. C’est vraiment passionnant !

La WINEista. Parmi les propriétés de CA Grands Crus, avez-vous un chouchou ?
A.L.N. Hum… C’est difficile de répondre à cette question… En terme d’unité, je pourrais dire que j’ai un petit coup de cœur pour Meyney. C’est l’ainé, il est né en 1662. Il y a une histoire fabuleuse, que l’on peut déguster au travers des différents millésimes.
Mais j’ai de l’affection pour l’ensemble de nos propriétés. Elles ont toutes de la singularité, un terroir différent que l’on essaie d’exprimer au mieux.

La WINEista. A l’heure où les consommateurs sont à la recherche d’identité quand ils choisissent une bouteille, cela n’est-il pas préjudiciable d’être un Château appartenant à une banque ?
A.L.N. C’est peut-être moins sexy… Mais je ne pense pas que cela soit préjudiciable parce que les propriétés sont incarnées par les Hommes qui y travaillent ; les maîtres de chai, les responsables d’exploitation, moi-même. Vous avez discuté avec certains d’entre eux, vous avez ressenti le fort sentiment d’appartenance de ces personnes. Je pense que notre force c’est notre équipe.

La WINEista. Dans le bordelais, y a-t-il beaucoup de femmes à des postes de direction ?
A.L.N. Il n’y en a pas beaucoup. J’espère qu’il y en aura plus demain. On est encore nettement sous représentées. Il n’y a cependant plus le sentiment qu’il est impensable de présenter une candidature féminine à un poste de direction.

La WINEista. Pensez-vous que le monde du vin soit macho ?
A.L.N. Euh… Pas plus que les autres… Mais probablement pas beaucoup moins non plus ! J’ai sans doute dû fournir plus d’efforts parce que je suis une femme.

La WINEista. Et dans les équipes techniques des propriétés de CA Grands Crus, est-on à la parité ?
A.L.N. Au Château la Tour de Mons c’est une maître de chai, à Grand-Puy Ducasse aussi, la responsable vigne et chai du Clos Saint-Vincent est également une femme. On est presque pas loin de la parité, ce qui n’est pas très courant. On n’a pas encore de femme chef de culture.
Je suis évidemment pour que les femmes puissent prendre des positions qui soient en phase avec leurs niveaux de compétences. Je ne suis pas pour embaucher des femmes parce qu’elles sont des femmes. Bien qu’on aura vraiment l’égalité hommes femmes quand on acceptera d’avoir des femmes incompétentes à des postes importants !

La WINEista. Quelle est la femme du vin que vous admirez le plus ?
A.L.N. J’ai eu la chance de rencontrer Dominique Hériard Dubreuil (ndlr : fille d’André Hériard Dubreuil, ex président directeur général de Rémy Martin) lors d’une conférence sur les femmes du vin. Malgré ses origines, elle n’était pas prédestinée à reprendre la direction de l’entreprise familiale. Elle est partie aux États-Unis construire sa propre histoire avant de revenir dans sa Charente natale et de réussir à s’imposer face à ses frères à qui la place était promise…
J’ai rencontré pour la première fois Isabelle Davin, œnologue des Châteaux Léoville Poyferré et Le Crock, lors de mon stage d’ingénieur. C’était la première femme de ma génération que je croisais et qui occupait un poste à fortes responsabilités à Bordeaux. Je l’ai trouvée à la fois très professionnelle, accessible et très humble. Sa rencontre a ranimé en moi l’espoir qu’une femme, non fille de propriétaire, puisse occuper un poste intéressant sur la partie technique.
Et puis ma mère, elle est mon mentor depuis mon plus jeune âge. Elle est devenue vigneronne en Luberon (Domaine des Peyre) il y a moins de dix ans. Une reconversion qui me rend encore plus fière d’elle !

La WINEista. Quelle bouteille ouvrez-vous après une réunion avec les actionnaires de CA Grands Crus ?
A.L.N. C’est très variable. Cela dépend du moment. J’aime bien sortir de Bordeaux. Il faut toujours avoir un niveau de curiosité élevé.
Quoique, ma dernière grande émotion a été avec un Château Les Carmes Haut-Brion 1910, que j’ai eu la chance de goûter à la propriété. Au delà du fait que j’ai été surprise par l’aspect jeune du vin, c’est toujours un grand moment de déguster des vieux millésimes. On boit une part d’histoire !

La WINEista. Si je vous dis « épargner », cela vous évoque quoi ?
A.L.N. C’est marrant, j’ai passé une très bonne journée professionnelle hier et je me suis dit en rentrant : si seulement on pouvait épargner des choses qui se passent bien pour les réutiliser les jours où on est moins bien. Cela m’évoque plus une épargne d’énergie que financière. Mais peut-être que mon actionnaire n’aimerait pas entendre ça !

La WINEista. Quel est l’endroit de Bordeaux qui vous fait rêver ?
A.L.N. C’est difficile de citer tous les lieux qui me font rêver. J’aime bien les volumes et la lumière que l’on retrouve dans l’ancien Entrepôt Lainé qui accueille aujourd’hui le CAPC (ndlr : le musée d’art contemporain). J’aime aussi le Miroir d’Eau. Il y a plein de belles choses à Bordeaux !

La WINEista. Où allez-vous dîner quand vous avez besoin de vous relaxer ?
A.L.N. J’ai récemment découvert une super adresse, le Hâ restaurant. C’est une très très bonne table, le chef est sympa, le service est impeccable. J’ai pris le menu avec les accords mets et vins, la qualité des vins est très intéressante !

Anne, en tant que femme et travaillant dans la filière vin, je ne peux qu’être fière de votre parcours. Merci de porter haut et fort les couleurs des femmes et des vins !

A très vite pour vibrer avec une nouvelle femme du vin…

Retrouvez les autres interviews :
* Laurence Chesneau-Dupin, Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture de La Cité du Vin à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de la cité.
* Coralie de Boüard de Laforest, gérante du Château La Fleur de Boüard et vigneronne du Château Clos de Boüard : Les femmes du vin au fil des cuves.
* Karine Vallon-Pin, Responsable chêne pour l’œnologie au sein du groupe Charlois : Les femmes du vin au fil de l’élevage.
* Monia Aoudi, chef sommelière au restaurant Le Prince Noir à Bordeaux : Les femmes du vin au fil de l’assiette.
* Latifa Barthe Saikouk, vigneronne au domaine Saïkouk / Le Mont du Puit : Les femmes du vin au fil des sarments.

Crédit photo : Atelier Goodday, Gabriel Guibert.

Vins de Croatie, mes 4 chouchous de Dalmatie

Vous vous imaginez bien qu’il n’a pas été facile de sélectionner mes 4 vins chouchous de ce wine tour en Dalmatie. J’ai dégusté bon nombre de jolies cuvées, fidèles à leurs terroirs et à leurs cépages autochtones, mais 4 d’entre elles resteront à jamais gravées dans ma mémoire olfactive et dans mes papilles…

Grk 2017, Domaine Bire, terroir de Lumbarda, île de Korcula

Une farandole d’arômes virevolte gaiement sur des notes d’eucalyptus, résine de pin, fleurs blanches, épices jaunes. Une bouche d’une complexité renversante, qui s’emballe sur une superbe finale fraîche, citronnée, qui fait saliver.

N’en déplaise aux ancêtres croates qui l’avaient nommé ainsi en référence à son amertume, les sols sablonneux de Lumbarda, favorables à une maturité optimale, ont réussi à gommer son caractère végétal !

Un vin blanc qui réveille les sens…
Avec une polenta à l’encre de seiches.

Posip 2017, Domaine Skaramuca, terroir de Cara, île de Korcula

Le roi des cépages de Korcula sent bon les agrumes, le melon jaune, l’encens, la pierre à fusil. Sa bouche raconte une belle histoire, qui démarre tout en douceur avec une jolie matière, ricoche de vivacité, puis s’éternise sur des effluves minérales.

Un vin blanc qui laisse rêveur…
Avec un pavé d’espadon sur sa purée de blettes et pommes de terre à l’huile d’olive, aussi bon que celui servi à la Taverna Riva sur le port du village de Bol.

Babic 2013, Domaine Leo Gracin, terroir de Primosten, Dalmatie du Nord

Un nez surprenant parce qu’il ne ressemble à nul autre ! Un peu comme son vignoble de Primosten. Un mélange puissant de fruits noirs (mûres, cassis), figues sèches, tabac. Des tanins charnus qui soutiennent une matière de dingue ! 

Un vin rouge atypique…

Avec une peka de viandes. Un assortiment de viandes cuites pendant 3 heures dans une cloche en fonte recouverte de braise.

Dingac 2015, Domaine Skaramuca, terroir de Dingac, presqu’île de Peljesac

Sur ce terroir exceptionnel, le Plavac Mali respire les fruits noirs confiturés (pruneau, myrtille), le kirsch, les senteurs de garrigue (thym, laurier). Il est profond, puissant, charpenté, d’une longueur affolante sur des notes réglissées.

Un vin rouge unique qui se suffit à lui-même !

Ces sensations et la beauté de ces paysages resteront longtemps dans ma mémoire…

Retrouvez plus de détails sur ces domaines et sur mon wine trip dans les 2 billets :
Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #1.
Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #2.

Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #2

Après cette mise en bouche extatique en Dalmatie du Nord et sur l’île de Brac (voir billet Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #1), je vais manquer de superlatifs pour continuer notre wine tour dalmate !
Direction l’île de Hvar, l’île de Korcula et la presqu’île de Peljesac…

Etape 3 : l’île de Hvar

L’île de Hvar, « île de la lavande », est un joyau aux 2 visages. On la surnomme la Saint-Tropez croate. Son décor de rêve et ses résidences de standing sur la côte, ses champs fertiles cultivés de lavande, oliviers et vignes dans les terres.

Dans la plaine de Stari Grad, elle abrite le plus ancien vignoble du monde cultivé en continu. Une parcelle datant du 3ème siècle, protégée par l’UNESCO. C’est à cet endroit, le berceau de la viticulture (séquence émotion), que j’ai rencontré Ivana Caric du Domaine Vina Caric.
Fièrement ancrée sur sa vigne de terre rouge, elle m’a transmis sa passion pour la reconnaissance des cépages qui sont cultivés exclusivement sur l’île comme le Bogdanusa, ou « don de Dieu ». Il donne des vins blancs tout en fraîcheur et salinité, parfaitement adaptés aux apéritifs estivaux.

A la pointe Est de l’île de Hvar, à l’entrée du village côtier de Sucuraj, le jeune et charmant vigneron Juraj (Domaine Podrum Vujnovic), produit 2 micro cuvées qui m’ont fait chavirer ! Un blanc issu du cépage local Prc, au nez fruité de pêche blanche et abricot sec, à la bouche bien équilibrée, entre gras et vivacité. Un rouge 100% Plavac Mali, vinifié et élevé afin d’exprimer de la gourmandise, des tanins fondus, une bouche gouleyante. 

A visiter : Stari Grad, une ville chic, la plus ancienne de Croatie.

Etape 4 : l’île de Korcula

Ce qu’il y a d’hallucinant en Dalmatie, c’est que les îles rivalisent de beauté ! Que dire de l’île de Korcula ? On se demande comment Marco Polo, natif de l’île, a pu quitter ce joyau !
Un eldorado pour les cépages blancs à base de Posip, les vins blancs les plus réputés du pays, cultivés dans la région de Cara, ou de Grk, que l’on ne retrouve que sur les sols sablonneux de Lumbarda.

A Lumbarda, j’ai eu la chance de connaître Frano Bire (Domaine Bire), le ponte du Grk, une variété importée par les Grecs il y a plus de 2000 ans. En langue croate son nom signifie « amer ». C’est uniquement sur ce terroir particulier qu’il arrive à atteindre sa maturité optimale afin de révéler ses arômes caractéristiques de pin et dompter son amertume pour laisser place à une tension rafraîchissante.
A flanc d’une colline qui domine la mer, un ensemble de jolies maisons en pierres, héberge les différentes étapes de la vinification et de l’élevage des 4 ha de l’exploitation. Ainsi qu’une taverne que je vous recommande vivement pour goûter les spécialités de la maison (sur réservation). 

Sur la baie enchanteresse de Crnja Luka, Zlatko (Domaine Bacic), vous fera déguster sa belle gamme de vins, très bien habillés. Les étiquettes portent l’initiale de leurs cépages respectifs et illustrent joliment les caractéristiques sensorielles des vins. Quelle bonne idée !
« C » comme Cetinka, un cépage blanc que l’on ne trouve que sur le terroir de Blato. Un vin élégant, aux jolies notes florales et fruitées (agrumes), à la bouche qui claque de vivacité.
« P » comme le célèbre Posip, un vin séduisant, entre fraîcheur et minéralité.

A visiter : le magnifique village de Korcula, en dehors du temps.

Etape 5 : la presqu’île de Peljesac

Ah la presqu’île de Peljesac et sa superbe route des vins, avec vue sur la mer…
Il est incontournable d’en prendre plein les yeux en se baladant dans le vignoble le plus connu de Croatie ! Le seul dont les vins portent uniquement le nom de l’appellation, Dingac, et non celui de son cépage, le Plavac Mali.

Au bout d’un tunnel étroit qui traverse la colline, vous serez éblouis par la mer claire et bleue, qui brille de mille feux, et par la magie de ces vignes pentues (inclinées jusqu’à 44°), qui signent l’inestimable beauté des paysages viticoles croates !

Le vigneron très reconnu Ivo Skaramuca (Domaine Skaramuca) a fondé ici son paradis qu’il a malheureusement du quitter prématurément. Il est décédé l’année dernière. Ces enfants sont heureusement là pour prendre la relève d’un domaine unique de par son environnement vertigineux, son vignoble de l’extrême et la très grande qualité de ses vins.

A visiter : Dubrovnik, « la perle de l’Adriatique », bien que le tourisme lui ait fait perdre son âme. La Baie de Ston pour déguster les seules huitres de Croatie, directement chez les producteurs.

Je me doutais bien que ce voyage, à la découverte de la route maritime des vignobles et des cépages autochtones, allait satisfaire ma soif de découvertes. Je ne m’attendais cependant pas à une telle diversité de terroirs et de variétés, à une telle beauté des paysages viticoles et à une telle culture du vin, ancrée depuis la nuit des temps dans le cœur des Croates. Un amour inconditionnel de leur territoire, pour panser les plaies de l’histoire…

Pour en savoir plus :
Lire l’article, A la découverte des vins de Croatie.
Visiter le site de Barbara Bacic, Les Robes de l’Est.

Vins de Croatie, un wine tour en Dalmatie #1

Me voilà encore des étoiles plein les yeux suite à mon wine tour en Dalmatie. Le soleil qui brille, la mer qui scintille, les oliviers argentés, la cuisine tout en simplicité, les vignobles vertigineux, les vins savoureux… Cette région de Croatie a étanché toutes mes envies, sensations fortes garanties !

Il n’y a rien de mieux que de découvrir un vignoble avec une personne du cru. Alors, quand celle-ci a les bons mots pour vous transmettre sa passion et ses connaissances, et la générosité de vous faire partager ses bonnes adresses, en dehors des sentiers battus, toutes les conditions sont réunies pour vivre un voyage inoubliable ! Un grand bravo à Barbara Bacic, l’organisatrice de ce wine tour, fondatrice de l’entreprise Les Robes de l’Est.

La Dalmatie est le vignoble méridional du Sud de la Croatie. Il représente 51% des  surfaces cultivées (environ 11000 ha), dédiées principalement à la production de vins rouges (83%), bien que les vins blancs les plus chers du pays se trouvent ici, sur la fabuleuse île de Korcula.
Le cépage roi est le Plavac Mali, un cousin éloigné du Zinfandel (qui est originaire de Croatie où il s’appelle le Crljenak Kastelanski), produisant le plus célèbre vin rouge dalmate. Mais la liste des cépages autochtones est loin de s’arrêter là ! Le pays compte une palette extraordinaire de variétés endémiques (130 au compteur), que l’on retrouve en grande partie en Dalmatie.

Même si la région est soumise à un climat méditerranéen très chaud, le continent et la myriade d’îles alentours (1244 îles et îlots) abritent un nombre impressionnant de terroirs, propices à la diversité des cépages locaux.

La richesse du vignoble se résume en 2 phrases : « sa culture de la vigne remonte aussi loin que les premiers habitants qui se sont installés sur ses terres » et « la liste des cépages autochtones est aussi longue que la côte croate ».

C’est parti pour les 2 premières étapes du wine tour !

Etape 1 : la Dalmatie du Nord

4 à 8 ceps tortueux, entourés de murets en pierres sèches qui descendent en pentes raides jusqu’à la mer. Nous sommes à Primosten, sur l’appellation Bucavac, l’une des plus connues, plantée exclusivement du cépage rouge Babic. Ce vignoble est tellement beau et unique, que sa photographie a été exposée dans le hall du siège des Nations Unies à New York. 

Le pionnier du Babic est Leo Gracin (Domaine Leo Gracin). Cet œnologue, professeur à l’Université d’Agroalimentaire de Zagreb, œuvre pour la reconnaissance de cette variété endémique et le classement de ce vignoble au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est un cépage qui nécessite des conditions extrêmes (sols calcaires arides, peu fertiles, caillouteux, températures élevées, pentes abruptes) pour atteindre le sommet. Il donne alors des vins concentrés, structurés, aux puissants arômes de mûres.

A visiter : la magnifique ville de Split et son marché coloré.

Etape 2 : l’île de Brac

L’île de Brac est mondialement connue pour sa pierre blanche, qui a été utilisée pour la construction d’une partie de la Maison Blanche à Washington. Celle-là même qui fait scintiller le sol des vignes.

Le Domaine Stina Vino a voulu rendre hommage à ce don de la nature. Stina signifie « pierre ». Les différentes cuvées sont revêtues d’une étiquette en buvard blanc immaculé. Un habillage très minimaliste, qui a pour vocation de laisser le dégustateur s’exprimer en dessinant ce qu’il ressent à même la bouteille. « Le vin est source d’inspiration ».

Cette ancienne cave coopérative (la première de Dalmatie) a été achetée et rénovée en 2009 par Mr Jako Andabak, un entrepreneur de l’île. Le résultat est bluffant ! Un chai à la pointe de la technologie, un caveau grandiose, une salle de dégustation dans les règles de l’art. Ici, tout est bien pensé pour mettre en valeur les cépages locaux (Posip et Vugava en blanc, Plavac Mali et Zinfandel en rouge), l’exception des terroirs et le savoir-faire des Hommes. Sa situation géographique, les pieds dans l’eau, sur le magnifique port de Bol, est le clou du spectacle !

A visiter : le petit village de Bol et sa plage mythique de Zlatni Rat a Bol, « la corne d’or ».

On se retrouve très vite pour la suite de nos péripéties en Dalmatie. A la découverte des cépages endémiques et des vignobles à la rare beauté des îles de Hvar, Korcula et de la presqu’île de Peljesac…

3 acteurs de la nouvelle vague en Beaujolais

Entre unité et diversité, le Beaujolais séduit les vigneronnes et vignerons qui souhaitent s’exprimer au travers de leurs cuvées (voir billet Pourquoi on boit bien en Beaujolais ? #1).
Un vent de créativité souffle sur ce vignoble aux mille collines, partons à la rencontre de 3 acteurs de cette nouvelle vague…

David Large, l’artiste qui a plusieurs cordes à son art

Fan de rap, écrivain, photographe, vigneron, David Large fait vibrer ses raisins au son de NTM, signe les poèmes engagés qui ornent ses étiquettes, immortalise avec talent ses plus beaux moments de vie.

Avec lui, il ne fallait pas s’attendre à une dégustation protocolaire ! Après avoir gravi (avec peine) les coteaux de Montmelas, au cœur de l’appellation Beaujolais Villages, il a garé son vieux Combi Volkswagen sur une parcelle avec vue.
Qu’y a-t-il de mieux que de découvrir un vin en immersion dans son terroir ?

David démarre une nouvelle aventure, du haut de ses 5 ha, dont il prend soin comme la prunelle de ses yeux.

Mon vin chouchou : Les Grands Terriens 2017, AOP Beaujolais Villages rouge.
Un nez tout en gourmandise de fruits rouges (griottes, mûres), épicé de jolies notes poivrées. Une bouche bien ficelée, structurée, à la finale savoureuse qui rappelle la fameuse tarte aux pralines des Halles de Lyon.

« On boit bien en Beaujolais parce qu’on est des gens biens », David Large.

Anita Kuhnel, Domaine Anita, la force tranquille aux yeux qui pétillent

« Il faut que l’on soit sur tous les fronts mais on ne fait rien d’extraordinaire. C’est le terroir qui fait tout », annonce Anita avec passion et modestie. 

Parce qu’il lui en a fallu de la volonté pour reprendre à bras le corps cette exploitation familiale de 16 ha, pas plus tard qu’en 2015. Même si elle a la chance d’exploiter 4 crus (Moulin à Vent, Morgon, Chénas, Fleurie), ce sont son savoir faire et sa personnalité qui ressortent dans ses vins. « Dans mon métier je suis entière, je veux donc que mes vins soient entiers ».

Depuis qu’elle vole de ses propres ailes, Anita se réalise dans son métier, comme elle réalise ses terroirs.

Mon vin chouchou : Très Vieille Vigne Les Caves 2016, AOP Moulin à Vent.
Une très vieille vigne de Gamay, qu’elle appelle son joyau, sur son lieu-dit Les Caves, au sol très granitique et très poreux, qui la force à puiser ses nutriments en profondeur.
Un vin qui respire les fleurs (pétales de roses fanées), délicat au palais, aux tanins ourlés, à la finale dynamique de réglisse.

« A déguster le soir après une bonne journée de boulot, confortablement installé sur son canapé, avec un carré de chocolat ».

Céline Vernus, Château Moulin Favre, la foudre au grand cœur

Quand une prof d’Allemand tombe amoureuse d’un homme du cru cela fait des étincelles ! Et quand celle-ci a l’énergie et le caractère bien trempé de Céline, cela fait plaisir à voir.

Elle aurait pu être une femme de vigneron, mais elle a su s’imposer en tant que vigneronne. Céline ne fait pas les choses à moitié, bien au contraire. Elle a découvert un métier qui la passionne et qu’elle exerce comme personne.

Perchées sur son coteau de Combiaty, à 427 m d’altitude, les nouvelles bâtisses du Château Moulin Favre dominent les vignes alentours. Un caveau de vente flambant neuf, des chambres d’hôtes, un nouveau chai à venir, un projet pédagogique « Les Chemins de la Vigne » à mettre en place, son investissement dans l’association Elles & Beaujolais, Céline ne manque pas d’idées. Quand on aime, on ne compte pas !

Le vin chouchou de Céline, qui est aussi le mien : La Centenaire 2017, AOP Juliénas.
Que c’est émouvant de goûter un vin issu d’une parcelle centenaire ! Une cuvée tout en dentelles, qui ne manque pas de caractère (elle me rappelle quelqu’une !).

« On boit bien en Beaujolais parce qu’il y a du savoir-faire et de la passion », Céline Vernus.

Croyez-moi, les vins du Beaujolais vont faire des vagues, de plaisir !

Pourquoi on boit bien en Beaujolais ? #2

Je vous ai fait part dans un premier billet, Pourquoi on boit bien en Beaujolais ? #1, de mon enthousiasme débordant pour ce vignoble. Laissons maintenant la parole aux vigneronnes et vignerons…

Au gré de mes rencontres, dans les allées animées du salon Bien Boire en Beaujolais, je leur ai demandé à eux, les actrices et acteurs du Beaujolais, pourquoi on y boit bien ? Voici leurs réponses !

« Parce que le Gamay est un cépage gourmand. Il a un super capital sympathie ! », Delphine et Stéphane Lardet, Maison Le Nid.

« Parce qu’on est un vignoble paysan. On aime parler de nos cuvées, désacraliser le vin afin de le rendre plus accessible ! », Nicolas Chemarin.

« Parce que les vigneronnes et vignerons qui font du vin aiment le boire ! », Claire Chasselay, Domaine Chasselay.

« Parce qu’il y a toujours une bonne occasion d’ouvrir une bouteille de Beaujolais ! », Emmanuelle Desvignes, Domaine Louis Claude Desvignes.

« Parce que les vins sont à l’image des gens, ils sont conviviaux ! », Delphine D’Harcourt, Château de Montmelas.

« Parce que les vins sont bons et les vigneronnes sont conviviales ! », Cécile Dardanelli, Domaine Bel Avenir.

« Parce que les vins sont légers et les cœurs sont grands ouverts ! », Anne-Victoire Jocteur Monrozier, alias Miss Vicky Wine (merci pour la photo !), Château des Moriers.

On boit bien en Beaujolais, tout simplement !

Pourquoi on boit bien en Beaujolais ? #1

Figurez-vous que j’ai participé pour la première fois de ma vie au salon Bien Boire en Beaujolais et que je suis rentrée conquise, mais un brin agacée ! Me voilà complètement « in love » de cette manifestation et de ce vignoble, mais du coup énervée face aux a priori qui traînent encore sur les vins du Beaujolais. Au travers de ces lignes passionnées, je vais vous dire pourquoi on boit bien en Beaujolais ?

Bien Boire en Beaujolais est un salon professionnel qui reflète parfaitement l’ADN de cette appellation.
Il est né de la volonté commune des vigneronnes et vignerons qui ont souhaité partager leur passion et qui l’organisent eux-mêmes en collaboration avec l’interprofession des vins du Beaujolais. Au sein des 3 superbes châteaux qui accueillent cet événement, il y règne une ambiance conviviale, sans chichi, où il fait bon échanger.

Pour cette 7ème édition, 220 producteurs de 5 associations (Beaujoloise, Biojolaise, Beaujol’Art, Beaujol’All’Wines et Les Gamays Chics) ont fait chavirer le cœur des 1 850 professionnels et amoureux du Beaujolais qui ont eu le plaisir d’y participer (+23 % par rapport à l’édition précédente).

On boit bien en Beaujolais…

Parce que le Gamay s’y sent bien

Ce vignoble magnifique aux mille collines qui se déploient avec enthousiasme aux portes de Lyon, sur 55 kms du Sud au Nord, entre les derniers contreforts du Massif central et la plaine de la Saône, est la mère patrie du Gamay Noir (il couvre 98 % du vignoble).

Ce cépage gai mais complexe, peu vigoureux mais fertile, précoce mais sensible, a trouvé ici sa terre de prédilection. Un climat semi-continental tempéré, des coteaux à des altitudes variées (300 m en moyenne), aux expositions favorables (Sud, Sud Est), à la diversité de sols impressionnante (granit, schistes, diorites, grès, argiles…), lui permettant un large éventail d’expressions qui lui vont si bien !

Il est le cépage principal (et souvent unique) des vins rouges issus des 10 Crus du Beaujolais (du Sud au Nord : Brouilly, Côte de Brouilly, Régnié, Morgon, Chiroubles, Fleurie, Moulin-à-Vent, Chénas, Juliénas, Saint-Amour) et des vins primeurs, rouges et rosés des 2 AOP Beaujolais et Beaujolais Villages.

Grâce à une méthode de vinification particulière au nom mystérieux, la macération carbonique ou semi-carbonique, les producteurs ont réussi à dompter sa fougue pour le révéler en beauté.

Parce que les vins du Beaujolais font du bien

A chacun son Beaujolais ! Il y a des vins pour tous les palais et toutes les occasions : des vins de fête avec les Beaujolais Nouveaux (1/4 de la production totale des vins du Beaujolais), d’autres fruités et gourmands pour se retrouver entre amis, certains fins et parfumés pour un moment d’intimité, ou intenses et généreux pour une soirée d’exception.

La diversité des terroirs et la grande amplitude du Gamay permettent de produire aussi bien des vins plaisirs que des grands vins de garde.
Et n’oublions pas les Beaujolais et Beaujolais Villages rosés et blancs ! Ces derniers, à base de Chardonnay, ne représentent que 2 % de la production, mais je peux vous dire qu’ils valent le détour !

« Des vins de maintenant : délicats, simples, gourmands, fins, beaux et joyeux, qui vont de pair avec tout », Louis-Benoît Desvignes (président de Bien Boire en Beaujolais).

Parce que les vigneronnes et vignerons sont des gens bien

Si vous avez l’occasion de venir en Beaujolais, vous serez immédiatement séduits par la convivialité et la solidarité de ses protagonistes !

Après les moments difficiles que l’appellation a traversés il y a une dizaine d’années, ils ont su se serrer les coudes pour repenser la culture de la vigne en vue d’affirmer la qualité des vins. Ils ont été précurseurs dans le respect de la nature et des Hommes. C’est ici que l’association Terra Vitis, à l’origine de la certification « viticulture raisonnée », a vu le jour dès 1998.

Les producteurs du Beaujolais sont unis pour faire reconnaître leur vignoble. Ils ont envie de partager leur savoir-faire.
Une superbe énergie se dégageait du salon Bien Boire en Beaujolais. Il faut dire aussi qu’une nouvelle vague de jeunes vigneronnes et vignerons souffle un vent de créativité. Le Beaujolais est attractif (notamment en terme de prix des terres), il permet à tout un chacun de trouver sa place et d’exprimer ses différences. 

Parce qu’on y mange bien

La proximité de Lyon, la capitale gastronomique française, y est certainement pour quelque chose. Le vignoble regorge d’adresses gourmandes !

L’interprofession a même édité un guide des Bistrots Beaujolais. Une sélection de 296 tables ambassadrices à travers le monde, qui respectent les codes du Beaujolais (qualité, gourmandise, convivialité), et qui associent les vins aux spécialités culinaires de la région.

En ce début d’année, le concept de Beaujonomie, un mélange de bistronomie et de Beaujolais, a été lancé afin de mettre en valeur les différents types de Beaujolais (de fête, de caractère et d’exception) et de redorer l’image de marque de cette appellation qui le vaut bien !

On boit bien en Beaujolais parce qu’il y a un équilibre subtil d’unité et de diversité !

A suivre, les vigneronnes et vignerons du cru vous disent pourquoi on boit bien en Beaujolais…